Les Baux de Provence, village historique dans le Parc Naturel des Alpilles - Bouches du Rhône


les Baux de Provence & son histoire...

Dix siècles de tribulations on fait du village des Baux de Provence un reflet fidèle du passé de la région. Les singularités de son histoire offrent, tout comme sur une scène de théâtre, l'image des personnalités les plus tapageuses, des politiques les plus retors, des guerriers les plus endurcis.

Leurs traces est aujourd'hui gommée: ils n'en continuent pas moins à hanter ces pierres... Le rocher des Baux possède un pouvoir d'évocation sans égal. Il est marqué par une époque et une mentalité Tout comme Florence relève de la Renaissance et des Médicis malgré un long passé républicain et dévot, de même qu'Aix-en-Provence est classique et parlementaire malgré ses antiques vestiges et le roi René, ainsi les Baux sont avant tout guerriers et féodaux malgré de gracieuses architectures et une vocation pastorale.

Le nom des Baux de Provence provient de la racine 'Bau' que l'on prononce 'Baou' qui signifie aplomb ou falaise, escarpement rocheux. On retrouve par exemple la même racine 'Bau' et pour cause avec la sainte Baume, les Baux dans le Vaucluse et Bau Béni dans le Verdon entre autres...

L'affabulation populaire donne une explication puisant ses données non plus dans quelque grimoire d'histoire ou dans le vieux trésor de la langue mais dans le merveilleux qui imprécise ici encore tous les contours. Elle nous conte que l'un des trois rois mages, Balthazar, allant à Bethléem conduit par l'Etoile, fonda, en passant, la cité. L'étoile aux seize rayons des seigneurs des Baux, issus de ce roi mage, et dont on a retenu leur cri audacieux:
A L'ASARD BAUTESAR!

L'historien nous dit qu'au début du XI e siècle Hugues, mari d'Enaurs, se fixa définitivement aux Baux dont il avait reçu la Seigneurie et prit le nom patronymique du château de Balcio qu'il y éleva. Car déjà, alors que se désagrégeait l'univers romain, les Wisigoths avaient établi en ce lieu une de leurs plus puissantes familles qui avait pour nom Baîthes et qui aurait donné, croit-on, ce nom à la citadelle. En vérité, Baus serait un vieux mot ligure signifiant escarpement rocheux. Il ne pouvait être mieux appliqué qu'à ce roc farouche dominant la plaine de ses hautes murailles.

Au hasard, Baithazar!..., " A tous risques ", oui, nous savons que cette " race d'aiglons, jamais vassale, a, de la pointe de ses ailes, effleuré les crêtes de toutes les hauteurs, " arraisonnant l'Empereur et les rois et remplissant, durant plusieurs siècles, le Midi de l'Europe et la Terre Sainte " de la grandeur de ses exploits et de l'horreur de ses forfaits ". La pierre parle encore à qui sait l'écouter. Le palais détruit, les vieilles tours, les chapelles ruinées, ce qui reste des anciennes demeures, la Maison du Roy, l'Hôtel de Manville, la Maison des Porcelets, celle de Nicolas Martel... l'église Saint Vincent où la Lanterne des Morts arbore, tour à tour, la lune et le soleil pour veiller l'agonie des civilisations... la chapelle des Pénitents, la Chapelle Saint-Blaise, tout dit encore la grandeur de la Maison des Baux, l'orgueil et l'ambition, la puissance et la chance de ces Princes - à -l' Etoile, à la fois pâtres et guerriers. La pierre dit aussi les âpres luttes intestines entre catholiques et huguenots, nous dit enfin le déclin qui suivit l'apogée, la morne déchéance de cette place forte, sous le pic du maçon et la pioche du temps. Ce caillou que j 'ai pris dans un morne éboulis a peut-être tenu sa place dans un mur. Il n'est plus qu'un caillou, dans le désordre minéral où il s'est abîmé. Quelques pierres pourtant, dans cet amas confus, gardent toujours l'empreinte des mains des tâcherons qui les ont équarries. Cette trace suffit pour que l' oeil cherche encore à dresser un palais sur ces ruines informes et peuple ce palais et cette ville morte de vie et de rumeurs.

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Découvrir l'histoire des Seigneurs des Baux...

Le site des Baux est un site militaire. Son âpreté, sa verticalité a l'énergie et l'audace de la fonction. Son rôle de dissuasion ne lui a conféré qu'un temps le rayonnement politique, la grâce de la création artistique et la richesse de la vie castrale. La perte de sa redoutable force guerrière a libéré chez lui d'autres significations. Ce n'est pas seulement un spectre, vestige et témoin, d'une Provence révolue ; c'est pour les visiteurs de toutes les nations qui s'y pressent aujourd'hui, le symbole d'une exigence peu rationnelle qui oppose la nature aux vues de l'esprit, les valeurs locales aux grands courants du monde et les vertus de la résistance aux tentations de la douceur de vivre. 

Chapitres:

1 - Au hasard Balthazar 2 - Les guerres baussenques 3 - Une fructueuse migration
4 - Une fascinant aventurière 5 - Un affreux 6 - Union ou annexion
7 - Après les ténèbres la lumière 8 - Car tel est notre bon plaisir 9 - Les Grimaldi de Monaco
10 - De la révolution a nos jours
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La vie de chateau & le temps des guerriers

Comme ouvrage militaire, le château des Baux correspond à un moment de l'art de la guerre, où la chevalerie, d'une part, et la forteresse, d'autre part, formaient les deux pôles de la stratégie, sa face offen­sive et son revers défensif. Ce rôle militaire s 'accompagnait d'une importante fonction sociale. Dès lors, le château a pris une place de choix dans les institutions locales et ses moeurs n'ont cessé d'alimenter nos rêveries. A notre insu, ces pierres sug­gèrent toute une image de l'homme, aujourd'hui enfouie au plus profond de nous-même, mais toujours prête à surgir. Ce monde belliqueux, lyrique, croyant, besogneux du moyen âge nous ressaisit parfois avec force, alors que le présent vécu, logique et fonction­nel, nous paraît souvent froid et comme étranger à notre nature.

Le seigneur dans sa forteresse mène une vie recluse. Elle a pour cadre la grande salle, située dans le donjon, divisée parfois par des tapisseries ou des tentures. L'ambiance n'est pas spécialement gaie. Les ébrasements constituent des ouvertures bien parci­monieuses. Les toiles huilées ou les vitraux d'albâtre ne laissent filtrer qu'une lumière réduite. La température est des plus inclémentes. L'épaisseur des murailles donne peu de passage à la chaleur et il faut entretenir un gros feu dans la cheminée pour adoucir la température et assécher les murs. Peu (l'ameublement au début : planches montées sur des tréteaux, en manière de table, coffres servant d'ar­moire et de siège, aux murs des armes et des tro­phées de chasse, par terre de la paille ou des plantes odoriférantes. Petit à petit certains perfectionnements apparaîtront et c'est ainsi qu'à la mort d'Alix des Baux un important mobilier garnissait le château dont l'inventaire a été dressé en 1426 à la demande de son cousin Charles, évêque de Tortose, par Brisset le Roy, notaire, et en présence de l'évêque de Fréjus, Billard. 'Je mobilier est devenu luxueux et comprend tapis et tapisseries représentant des sujets historiques ou légendaires. L'ennui que dégage une pareille demeure incite l'occupant à rechercher à l'extérieur des dérivatifs. La chasse, la guerre ou le tournoi satisfont son tem­pérament actif. Dès le XIIe siècle la chasse est consi­dérée comme un art. Elle se pratique suivant des techniques éprouvées. La fauconnerie, qui utilise l'oi­seau de proie, s'est développée depuis les Mérovin­giens jusqu'à Louis XIII. C'est un véritable rite qui possède sa terminologie et englobe les règles de dres­sage et d'hygiène animale. La chasse à courre contre les animaux qui hantaient la forêt médiévale (cerf, chevreuil, sanglier, lièvre, renard) s'effectue avec un concours important de personnel, de chevaux et de chiens. L'histoire nous a laissé un certain nombre de traités de vènerie qui constitue une branche impor­tante de la littérature de l'époque. L'on peut citer « La chasse dou serf » (xIIe ou xIIIc siècle) poème en vers de huit syllabes, le Miroir de Phébus ou les Déduits de la Chasse de l'époque de Jean le Bon, le Livre du roi Modus et de la reine Ratio du XIV siècle. La guerre est certainement l'occupation la plus importante du seigneur féodal et sa raison d'être. Le régime qui a donné lieu à tant d'importants châteaux, tant de donjons altiers, tant de murailles crénelêes est un système militaire.

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A cette époque, la cavalerie constitue l'arme la plus redoutable. Si les envahisseurs francs avaient été surtout des fantassins, en revanche les Huns, les Avars, les Hongrois, les Arabes sont des cavaliers entraînés. Les Normands, déjà hardis marins, n'hésitent pas à embarquer des che­vaux (ou à en voler) pour constituer leur cavalerie. Il s'agit d'une cavalerie lourde où l'homme porte cui­rasse et lance. Le chevalier bénéficie d'un équipe­ment robuste. Son corps est protégé par une cotte de mailles, dont l'usage se répand . Ce sera la tenue de guerre par excellence jusqu'au xv1 siècle où elle sera remplacée par l'ar­mure de plates. Cette cotte, appelée aussi haubert, est serrée à la taille par une ceinture. La jupe des­cend au-dessous du genou, mais elle est fendue devant et derrière jusqu'aux cuisses pour permettre au chevalier d'enfourcher sa monture. Quant à la tête, elle est protégée par un heaume, pourvu d'un nasal et parfois d'un couvre nuque et de couvre oreilles. Il se porte sur une coiffe rembourrée qui adoucit et amortit le contact. L'arme préférée est l'épée. Elle possède un tranchant dur, inattaquable à la lime et reçoit un nom symbolique qui nous a été transmis par les chan­sons de geste Durandal, Joyeuse, Hauteclaire... Il est d'usage de placer dans le pommeau une relique. Quant à l'infanterie, son rôle s'accroît peu à peu. Non seulement les villes fournissent des milices, mais les seigneurs tâchent de recruter routiers et soudoyers, dont le plus grand nombre combat à pied. Leur arme­ment est fort disparate. Ils portent souvent une cotte de cuir, parfois treillisée, couvrant le torse ; sur la tête, ils placent une coiffure de fer ou de cuir bouilli, de forme ronde, à rebord régulier. Les fantassins emploient la fronde, l'arc et l'arbalète. Loin de se cantonner dans son rôle purement militaire, le château supporte aussi la charge d'une grande partie de la vie publique. Son animation est grande. Le seigneur y réunit les vassaux faisant partie de sa cour. Son armée y prend ses quartiers. Les différends entre seigneurs voisins y sont jugés. Le suzerain y appelle ses vassaux aux conseils et y juge tous les procès d'ordre matériel qui les divisent. En cas de conflit, le château sert à abriter les populations qui s'y réfugient et y cherchent l'abri et le couvert, tandis que l'agresseur fait main basse sur les manants et sur leurs récoltes. A ce titre le château devient l'ultime défense de la contrée, et l'on y réunit le maximum de moyens de résistance, en hommes et en matériel. Les caves doivent être garnies de victuailles propres à soutenir le siège. Les citernes remplies. Les aimes de jets, utilisées contre les assaillants éventuels, tenues en état. De même que les ingrédients qui permettront d'incendier les bastides ou les machines de l'adversaire, et de le couvrir de flammes. La construction d'un château comme les Baux est l'objet de tous les soins. L'évolution technique a permis la substitution de la pierre au bois, tout comme dans les édifices religieux. Mais ici, l'évolution a été poussée par des nécessités plus étroites de résistance au choc et au feu. Sur la colline des Baux des conditions naturelles favorables ont permis d'utiliser le roc et d'ouvrir la carrière sur place. Aucun ravalement n'est nécessaire, car la pierre en perdant son humidité naturelle se recouvre d'une croûte très dure, le calcin. Le chantier est muni de chèvres et de grues construites en bois. L'engin peut être fort simples : un portique muni d'une poulie. Les cables sont entraînés, parfois, par une roue de carrier ou une manivelle qui augmente la force motrice. Le mortier est transporté dans des auges en bois évidé. Le travail des ouvriers est comptabilisé. A l'intérieur (lu donjon des Baux se lisent de nombreuses marques de tâcherons en étoile et en croix ou en forme de lettres. La force de dissuasion de telles bâtises est Si grande que certaines n'ont jamais été attaquées. Il n'en a pas été ainsi aux Baux.

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Comment s'y prenaient les assaillants ? C'est tout l' art de la poliorcétique médiévale. Lorsqu'on prévoit que la « noix » sera dure à croquer, des moyens considérables sont mis en oeuvre. Tentes, baraques de bois servent à abriter les troupes, le bétail, les chevaux. Des points de ravitaillement sont créés. Nous avons vu l'importance, pour l'époque, des moyens mis en oeuvre, pour déloger Raimond de Turenne: fusterie venue d'Avignon, maîtres charpentiers de Tarascon. Pour cerner la place on dresse des palissades, creuse des fossés, élève des terrassements, renforcés par des fossés. Des redoutes de terre et de bois, appelées dans nos régions bastides, se construisent. Comme les ressources manquent pour établir un circuit continue et que les effectifs sont insuffisants, les assaillants disposent leurs bastides à une certaine distance les unes des autres. L'artillerie est constituée par des machines et c'est le souvenir de l'une d'entre elles, utilisée en 1355 contre Robert de Duras, que commémora la croix de la machine. En quoi consistait un tel engin? A défaut de renseignements précis, nous pouvons l'imaginer comme ressortissant soit d'un système à ressort, soit d’un système à balancier. L'engin à ressort ou baliste lance des javelots ou des pierres grâce à un levier mû par des ressorts en bois ou en nerfs, préalablement bandés. L'engin à balancier comprend essentiellement une verge placée sur un échafaudage et partagée en deux bras d'inégale longueur. Les servants, par une forte traction vers le sol, font descendre la branche courte, ce qui imprime un mouvement violent à la branche longue au bout de laquelle est fixée une grande fronde porteuse de projectiles boulets ou morceaux de rocher. Pour aider au mouvement des hâleurs, la branche courte peut recevoir un contre-poids (parfois 26 tonnes). L'effort appliqué au petit bout de la verge en est considérablement accru. Il est possible, d'ailleurs, que la machine utilisée aux Baux ne soit qu'un engin dépourvu de toute ingéniosité, tel que celui décrit par Suger, qui fut utilisé en 1107 par Louis VI le Gros : « Une haute machine destinée, en surplombant le château, à empêcher les archers et arbalétriers de la première ligne de circuler ou de se montrer à l'intérieur... A cette machine qui s'élevait en l'air, se rattachait un pont de bois qui, s'allongeant assez en hauteur, devait, en s'abaissant quelque peu sur le mur, ménager une entrée facile aux combattants qui descendraient par là... » Les assaillants peuvent être munis d'un matériel plus mobile : frondes à manches, arbalètes, béliers. Ils dressent des échelles contre les murailles et tentent d'atteindre le chemin de ronde. Les échelles sont munies de crampons destinés à aggripper le parapet. Le génie déploie ses artifices ; mines ou sapes menacent les fortifications. Mais la résistance de ces dernières est telle qu'en fin de compte le meilleur moyen d'en venir en bout, est encore la reddition des assiégés. Les moyens psychologiques prennent alors le dessus. C'est ainsi qu'en 1631 aux Baux, les villageois s'inclinèrent et le pont levis s'abaissa devant le capitaine de Saucourt, porteur des ordres du roi. Une fois de plus les armes avaient cédé à la politique. Pour des hommes voués au métier des armes les trêves continuaient des temps morts où l'on rêvait d'exercices guerriers. Ainsi naquirent les tournois, combats à armes émoussées, où s'affrontaient les chevaliers un contre un, ou groupe contre groupe. Des tournois ont lieu dès le XIe siècle et se répandent dans le courant du XIIe. Au point de départ, il s'agit de mêlées plus ou moins sanglantes, auxquelles les vilains eux-mêmes prirent part. Mais petit à petit, les moeurs s'affinèrent et la joute devint beaucoup plus courtoise. Les armes utilisées sont : la masse sans aspérités, l'épée épointée et non affutée, la lance au fer arrondi. Il ne s'agissait pas tout à fait de jeux d'enfants, car l'empoignade était réelle et le chevalier désarçonné se trouvait parfois occis. Aussi les autorités civiles et militaires s'employèrent-elles soit à interdire ces jeux, soit à les codifier.

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L’OCCUPATION SEIGNEURIALE DE LA VALLEE DES BAUX AU MOYEN ÂGE

Par Odile MAUFRAS Afan /INRAP, 12, rue Régale, 30000 Nîmes. Milieu et sociétés dans la vallée des Baux, 2000

L’ étude de l'occupation de la vallée des Baux pendant le Moyen Âge est en cours. Elle s'appuie sur la lecture des textes anciens qui mentionnent des personnages, des sites et parfois leur statut1 sur l'analyse des parcellaires qui met en évidence plusieurs noyaux à réseau étoilé comme autant d'habitats médiévaux potentiels2 et enfin sur les prospections qui complètent ou corrigent les résultats des deux premières approches3. Occasionellement la réalisation de fouilles archéologiques illustre un point particulier de cet ensemble. A ce jour il est prématuré de présenter un bilan de cette étude, cependant un pan peut déjà en être dressé celui qui concerne ses seigneurs. Parce que leur habitat, fortifié et monumental, est resté plus prégnant dans le paysage, et parce qu'ils ont plus souvent recours à l'écrit que l'homme du commun, leur histoire est plus facile à cerner que celle des populations qui les entourent. L’histoire seigneuriale de la vallée des Baux coïncide largement avec celle de la famille qui lui a donné son nom. Elle est faite de luttes pour la recherche de la domination des hommes et des revenus que cette domination procurait. Elle se fonde sur des actes de donation de terres, des chartes d'hommages et des procès verbaux de litiges relatifs aux droits des uns et des autres. Enfin, elle croise l'histoire de l'occupation du sol et per­met quelques observations sur l'évolution des habitats dans la vallée des Baux.

LA VALLEE DES BAUX AU X° Siècle A l'origine, un site éponyme : le Balcium crastrum ou castrum de Baucio, place fortifiée sur un éperon barré au sud de la chaîne des Alpilles, mentionné pour la première fois au X° s., vers 960 (Chantelou 1980 49-50). Il appartient alors au senior ou domnus Pons-le-Jeune, homme de la noblesse proche du comte Boson et de l'archevêque d'Arles (Smyrl 1968 20). Le site parait correspondre à une possession réduite et isolée le territoire du Castrum ne dépasse manifestement pas les vallons de la Fontaine et d'Entreconque qui s'étendent sur un faible périmètre au pied de ses flancs ouest et est (fig. 1). Pourtant le lieu présente le bien le plus précieux de la famille, un bien qui ne sera jamais aliéné et dont Hugues, fils ou petit­fils de Pons-le-Jeune, adoptera le nom pour patronyme autour de 1030 (Barthélémy 1882 : ch. 6-10) Par ailleurs le site est en bordure d'un vaste domaine, la val­lem Filauriam (en 961, GCNN Arles : 261) ou territorio Felaurie (en 1030, Cuérard 1862 : ch. 155) qui s'étend au sud du castrum, de Fontvieille à Mouriès et qui est alors dans la directe de l'archevêque d'Arles5. Ce domaine est occupé par plusieurs noyaux habités dont deux sont connus grâce aux textes : Saint-Martin et Saint-Roman6, implantés autour et au nord des marais, à proximité d'édifices religieux (GCNN Arles : 261). Il s'agit probablement de villae, au sens médiéval du terme : groupement lâche de manses ou fermes autour d'une église. l'existence de villages sur un domaine ecclésias­tique suppose en outre la mise en valeur agricole du terroir. A l'époque carolingienne, la présence seigneuriale n'est attestée dans la vallée que par les vestiges d'une motte castrale immé­diatement au nord de Saint-Martin, au lieu-dit « le Castellar (Gazenbeek 1995:116). Son tenancier (seigneur indépendant ou vassal de l'archevêque) n'est pas connu, et elle s'effacera rapidement du paysage (infra la réorganisation du territoire).

(1) Etude menée par M. Gazeenbeek, J.M. Palet et O. Maufras. (2) Mais parfois seulement des carrefours routiers ou des établissements plus tardifs. Etude menée par F. Mocci. (3) Recherches de M. Gazeenbeek. (4) Notamment à Castillon (fouilles de H. Tréziny), à Saint-Martin (fouilles de L. Martin) et récemment à Fontvieille (fouilles de E. Paone) (5) J.-P. Poly attribue le vallon au domaine de l'abbaye Saint-Martin d'Arles et précise que par le biais de la soumission des monastères à l'archevêque, ce der­nier en est bénéficiaire (l5oly 1976:81-82). (3'esren effet Manassès, archevêque d'Arles de 961 à 975 qui est cité comme bénéficiaire des terres énumérées dans l'acte de 961 (C,CNN Arles 261). (6) A Saint-Roman seule l'abbaye est attestée, mais il est possible qu'elle ait généré un groupement d'habitations.

UNE REDISTRIBUTION DES INFLUENCES À PARTIR DU XIe SIECLE Aucune charte du XIe s. n' est conservée qui mentionne le domaine des Baux. Quand celui-ci réapparaît dans la docu­mentation textuelle, en 1156, il s'est sensiblement élargi. A l'issue de la seconde guerre baussenque qui a opposé les comtes de Provence de la maison de Barcelone aux seigneurs des Baux, une charte de paix est signée qui désigne le domaine baussenc comme suit : castruni de Baucio cum pertinenciis suis et ea qui sunt in valle ejus et insuper castrum de Castillone cum pertinen­esis suis (ADiS : B 282; Barthélémy 1882 : ch. 53; Smyrl 1968 : ch. 14). Si l'on admet que les dépendances du castrum des Baux (pertinenciis suis) s'étendaient directement sous l'épe­ron, il faut sans doute reconnaître dans le terme in valle ejus la vallée Felauria qui a perdu son vocable propre et se trouve maintenant directement rattachée au château et au toponyme des Baux. Le castrum de Castillon est, quant à lui, cité indé­pendamment bien qu'il soit dans la vallée, peur-être parce que, installé sur les hauteurs du rocher de la Pêne, il est en limite méridionale de celle-ci. La politique d'expansion territoriale des seigneurs des Baux se poursuit au XII s. et au début du XIII s. A partir de 1193, Hugues, seigneur des Baux de 1181 à 1239 et bailli du comte de Provence Raymond Bérenger, joue de ses relations pour étendre sa domination (Barthélémy 1882 : ch. 95, 96). On le sait détenteur de Barbegal en 1189 (Barthélémy 1882 : ch. 86) et en 1206 il reçoit d'Tldefonse, comte de Provence, le castrum de Mouriès avec l'intégralité de ses dépendances (AD13 : B 143 f°39)7 L'intégration de ces deux localités à son domaine lui permettent d'occuper la totalité de l'ancienne vallée Te/auna Une charte de 1226 atteste qu'il possède Montpaon, ca5trum adossé Il la chaîne des Alpilles, Il l'ouest des Baux, et une autre de 1229 montre qu'il est seigneur du domaine de Vacquière, au sud de Mouriès et des matais (Barthélémy 1882: ch. 229). Ces actes montrent en outre une importante modification d'ordre politique depuis le Xe s. Le traité de paix de 1156 réaffirme le pouvoir du suzerain et l'obligation d'hommage d'Etiennette des Baux et de ses fils envers le comte. Le site des Baux, autrefois sans doute tenu en toute franchise tel un alleu, a dorénavant fermement le statut de fief Il en est de même pour la vallée Felauria - ou vallée des Baux- qui pourtant dépendait anciennement de l'archevêque. Or les seigneurs des Baux ne sont tenus d'aucune reconnaissance envers ce dernier. Ainsi, probablement dans le courant du XIe s. (ou pendant la premiere moitié du XIIe), l'Eglise d'Arles s'est vu dépossédée d'une large partie de son temporel par les seigneurs laïcs. Les terres de la vallée des Baux dépendent dorénavant du comte de Provence qui les inféode très largement aux seigneurs des Baux (les Baux, Castillon, Mouriès, Montpaon, Vaquière) et dans une moindre mesure à l'archevêque d'Arles (Barbegal). A leur tour les seigneurs des Baux et l'archevêque d'Arles placent des vassaux sur ces terres, contre le serment de fidélité et quelques revenus. Ceci aboutit parfois à des « échanges » : l'archevêque inféode Barbegal à Hugues de Baux (Barthélémy 1882 : ch. 86); le seigneur des Baux inféode au prélat le domaine de Vaquière (Barthélémy ~882 : ch. 229, 391, 466) et un tiers du casrum de Mouriès (AD13 :108E 17). (7) I. Barthélémy a lu dans cet acte une donation des castra de Mouriès et de Maussane; il s'agit en réalité de Malmussane, Iocalité prôche de l'étang de Vaccarès. Maussane (Malsana) n'est pas un castrum au Moyen Âge, mais un simple quartier rural qui s'urbanisera a l'Epoque moderne et deviendra paroisse en 1754 (Ai)13 :1 F42 pce 5).

LA RE ORGANISATION DU TERRITOIRE AUX XIIe ET XIIIe SIECLES Les acquisitions progressives de la famille des Baux dans la vallée ont abouti à la formation d'un ensemble territorial d'un seul tenant, qui présente l'avantage de correspondre à une aire géographique fermée et protégée sur trois côtés. La seigneurie est en effet limitée au nord et à l'est par la chaîne des Alpilles, au sud par les marais qui l'occupent en partie. A l'ouest la frontière est moins franche : le goulet de Barbegal, entre le marais des Baux et le marais de Montmajour, qui marque la limite du territoire des Baux n'offre pas d'obstacle à son franchissement. C'est au contraire un lieu de passage aménagé d'un pont, où convergent plusieurs chemins (fig. 2). Mais c'est un passage étroit, aisément contrôlable, et l'on s'étonne de n'y avoir jamais trouvé mention de péage. Si les seigneurs des Baux ne se sont pas étendus au-delà, c'est vraisemblablement parce qu'ils se sont trouvés confrontés ici à un pouvoir fort, implanté fermement et bien avant leur arrivée : celui de l'abbaye de Montmajour qui tient la partie nord-occidentale des marais et le territoire du Castellet (Fontvieille), ainsi que celui de la commune d'Arles qui possède la partie sud-ouest du marais, le Trébon L’activité des seigneurs des Baux s'est aussi traduite par l'organisation progressive de leur domaine, une organisation essentiellement défensive et militaire, menée sur plusieurs siècles au fut et à mesure de leur empiétement dans la plaine. Cette organisation a notamment eu des conséquences sur la répartition des habitats dans la vallée : on le constate au moins à Saint-Martin, peut-être aussi à Saint-Roman. Les bulles papales de 1118 et 1123 mentionnent en effet Saint-Martin comme une église principale dont dépend la chapelle de la fortification voisine. Cependant le castrum qui lui est associé au premier quart du XIIe s. n'est plus celui du Castellar (dont le seigneur n'aura pas su installer durablement son autorité) mais celui de Castillon. Le seigneur du castrum de Castillon (probablement déjà le seigneur des Baux en III 8 et 1123) réussira au contraire parfaitement à imposer son influence et à supplanter progressivement l'église de Saint­ Martin dans le processus d'attirance des populations et de fixation de l'habitat. Ceci ne s'est pas réalisé naturellement. En 1210 Hugues de Baux vend un marais près de Barbegal aux hommes de Castillon et à totis ceux qui viendront s'y installer, leur accordant l'exclusivité de son exploitation et une série de privilèges (AD13 : B 1069 f200). De la sorte, il favorise le développement de l'habitat au pied du rocher de la Pène (le sommet étant occupé par le château dont il subsiste aujourd'hui les tours), soit sur le versant nord, soit sur le versant sud, au bord du marais dont l'exploitation est mentionnée dans le texte. L'abandon du site de Saint-Martin révélé par les fouilles de 1993 (in~a article de Lucas Martin) montre la réussite de cette politique; réussite qui apparaît aussi au travers des textes ecclésiastiques. Comme le démontre très justement M. Gazenbeek, toutes les fonctions religieuses du noyau villageois initial (Saint-Martin) se déplacent progressivement vers Castillon : la chapelle castrale Sainte-Marie devient probablement paroissiale, en tout cas prédominante avant 1370, au détriment de l'église de Saint-Martin. L'église funéraire Saint­ Jean et un cimetière attenant sont créés à Castillon complétant le nouveau centre habité (Gazenbeek 1995 : 116). Il est possible que l'église du X e s. Saint-Roman et le noyau villageois dont on suppose qu'elle était entourée, aient subi une évolution analogue. Si l'église est toujours mentionnée épisodiquement dans les textes du XIIIe (Barthélémy 1882 ch. 727), aucun habitat n'y est cité peut-être parce que celui-ci (s'il a existé) s'est déplacé vers Mouriès. Castillon n'est pas en effet le seul castrum de la vallée : des fortifications sont fondées tout autour de la seigneurie sur ses frontières a Mouriès le castrumdomine la route par laquelle on entre à l'est dans la vallée, à Barbegal la tour mentionnée en 1210 contrôle l'accès occidental (AD13 B 1069 fb 198), le castrum de Montpaon surplombe un col par lequel on passe du territoire du Castellet (Fontvieille) au vallon de Chevrier puis aux Baux. Tous ces sites forment une ceinture en arc de cercle autour du castrumprincipal, le castrum des Baux dont la forteresse est reconstruite au XIII s. (Maufras 1990). Ils ne sont pas uniquement des sites fortifiés, mais aussi des centres villageois : à Mouriès, l'église et les habitations sont mentionnées dans les textes (Barthélémy 1882), à Castillon par les textes et les découvertes fortuites (Gazenbeek 1995). A Barbegal, l'existence d'un important carrefour de chemins et d'un parcellaire concentrique semble attester le développement d'un habitat. A Montpaon, l'église et les maisons sont conservées encore partiellement en élévation, et aux Baux les monuments, les mentions et les découvertes en sous-sol mettent en évidence un village double, en partie installé en pied de pente dans le vallon de la Fontaine autour de l'église Saint André (il s'agit là peut-être d'un noyau antérieur à la création du castrum), en partie perché, autour de l'église Saint-Vincent et sous les murs de la forteresse. L’organisation territoriale de la vallée des Baux est achevée dans le courant de la première moitié du XIII s. On la suppose efficace et adaptée aux besoins de ses seigneurs puisqu'elle durera jusqu'à la fin du Moyen Âge. (8) Castillon est Ie seul qui soit à l'intérieur du domaine et non sur nue frange cependant il est en limite des terres émergées.

CONCLUSION L’histoire seigneuriale de la vallée des Baux suit un cours ordi­naire. A l'image de la majorité des seigneuries de la Provence occidentale, le domaine s'est formé à partir du XI s. notam­ment par accaparement des biens Fonciers de l'Église. L’appropriation est si forte qu'elle mène ici au changement de toponyme du territoire qui prend le nom de ses seigneurs. Plus tard, quand au début du XIJI~ s. l'unité territoriale est atteinte, la Famille des Baux entreprend et réalise son organisation militaire. Plusieurs fortifications sont édifiées sur des voies d'accès au domaine. Elles sont à la frontière du territoire (Montpaon, Barbegal, Mouriès, Vaquière) ou en limite des terres émergées (Castillon) et forment une ceinture en demi cercle autour de la principale forteresse, celle des Baux. Ces points forts ont constitué des pôles de fixation de l'habitat, entraînant progressivement l'abandon des centres anciens, au moins la vil/a d'époque carolingienne qu'est Saint-Martin. C'est ensuite seulement à l'époque moderne que l'habitat rejoindra la vallée et s'implantera de nouveau le long de la route principale qui suit le tracé de la voie Aurelia, parfois au droit d'un village du haut Moyen Âge, ainsi par exemple le village Paradou est-il à l'emplacement de Saint-Martin. Une étude plus poussée de ces habitats et de leur évolution est maintenant nécessaire pour nuancer ce tableau dressé à grandes lignes et vérifier sur chaque noyau d'habitat l'impact exact de la féodalisation. Faute de fouilles dans les sites anciens de plaine, il est difficile de conclure à un abandon complet et systématique des sites ruraux carolingiens au pro­fit des sites perchés du Moyen Âge classique.

SOURCES ET BJBLIOGRAPHIE AD 13 : Archives départcmenta1es des Bouches-du-Rhône, serie B en parti­culier (archives de la cour des comtes). AM Arles : Archives municipales d'Arles série BB (administration commu­nale) et série DD (propriétés communales). GCNN : ALBANES (s.p.). - Gallia Chritiana Novissima, histoire des arche­vêchés, évêchés et abbayes de France, tome III Arles, Valence, 1900, 1436 p. Barthélémy 1882 : BARTHÊLÉMY (L.). - Inventaire chronologique et ana­lytique des d'actes de la maison des Baux, Marseille, 1882, XXXI-680 p. es il. Chantelou 1890: CHANTELOU (sp.). – histoire de Montmajour, Aix-en-­Provence, 1890, 386 p. Clouzot 1923 : CLOUZOT (E.). - Pouillés des provinces d’Arles, d’Aix et d’Embrun (recueil des historiens de France, tome VIII), Paris, 1923,556 p. Gazenbeek 1995 : GAZENBEEK (M.). - Occupation du sol et évolution environnementale depuis le Néolithique dans la Montagnette et la partie occidentale des Alpilles (Bouches-du -Rhône). Thèse de Doctorat, Aix-en-­Provence, 1995. Guérard 1862 : Cartulaire de l'abbaye Saint- Victor de Marseille, Paris, I 862, 2 voL. 651 cr945 p. Maufras 1990 : MAUFRAS (O.). - Lc castrum des Baux-de-Provence, his­toire d'un site fortifié médiéval. hi : Architecture militaire en Provence médiévale. Provence Historique, mmc XL, iasc. 159, 1990, p. 77-95. Poly 1976 : POLY (J.-P). - La Provence et la société féodale (579-1166). Contribution a l'étude des structures dites féodales dam le Midi, Paris, 1976,431 p. Smyrl 1968 : La famille des Baux. Cahiers du Centre d'étude des Sociétés Méditerranéennes, 5502, nouvelle série ~0 59, 1968, p. 7-118.

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