L' histoire des Baux de Provence :: Les Seigneurs des Baux


AU HASARD, BALTHAZAR

L'ancêtre le plus lointain de la famille des Baux dont l'histoire ait gardé la trace se nommait Poncius. Il vivait au milieu du IX° siècle. Un de ses descendants Poncius le jeune, né vers 950 et mort vers 1026, épousa Profecta, fille de François 1er, chef de la puissante et riche famille de Marignane. Toute la fortune de la maison des Baux, au début polarisée sur son nid d'aigle, vient de ses alliances. Le fils cadet de Poncius et de Profecta épousa Inauris de Cavaillon il s'appelait Hugues et fut le premier à porter le nom des Baux. C'est comme « Seigneur de Berre et de Marignane » et non comme maître de la terrible redoute des Alpilles que Raimond des Baux, petit-fils d'Hugues, épousera Etiennette de Provence et jus­tifiera ses prétentions à la couronne comtale. C'est par son mariage avec Tiburge d'Orange, fille de Guil­laume de Montpellier, que Bertrand des Baux devint prince d'Orange. De telles unions fournirent à la famille des Baux l'assiette territoriale qui lui manquait et contribuèrent puissamment à la formation des terres baussenques, théoriquement libres de toute suzeraineté. Au nombre pensait-on de 79 mais le décompte paraît modeste, les possessions des Baux étaient répandues sur toute la Provence et notamment sur les actuels départements des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse, du Var, des Basses-Alpes et de la Drôme. Le Bourg-Neuf d'Arles et Trinquetaille, l'étang de Vaccarès et la Camargue, Berre, Martigues, Mari­gnane, Miramas, Saint-Chamas, Rognac, Vitrolles, Cey­reste, Aubagne, Auriol, la Cadière, la principauté d'Orange relevaient, entre autres, de leur autorité.

A l'origine le nom de Baux ne désignait qu'un simple Castrum. Le terme géographique venait de Bale signifiant escarpement, précipice, défilé. Bale a donné en latin Balchius, Baucius, puis en provençal h Bau. Adopté par Hugues le nom de Baux suggéra l'idée à la famille de se rattacher au roi mage Balthazar (en provençal Bautezar), origine fabuleuse bien dans le goût du Moyen Age et qui donna naissance aui armes parlantes de la maison « de gueules à une comète à 16 raies d'argent » et à sa devise « àl'asard Bautezar ». Cette confusion s'explique par la croyance alors vivace en la valeur significative des calembours. C'est ainsi que Joseph de Maistre méditera au xix' siècle sur l'étymologie donnée par le Moyen Age au mot cadavre que l'on donnait comme issu de la locution « Cara data vermibus », soit chair donnée aux vers. Ce qui conférait un sens profond à une simple rencontre de mot.

La devise tirée de Sources discutables devint pour les hardis soldats de la dynastie des Baux une véri­table maxime. Toujours luttant contre leur voisin, disputant leurs droits à des familles souveraines, puis une fois perdue la partie sur leur propre terre s'en­gageant dans des querelles en Italie pour la maison de Naples, les princes de la maison des Baux justifièrent par leur exemple la maxime qu'ils s'étaient donnée, pleine de défi et d'audace.

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LES GUERRES BAUSSENQUES

L'origine de ces guerres doit être recherchée dans la rivalité qui opposait la maison de Toulouse, puis­samment assise entre les Pyrénées, la Mer, le Massif Central et les Alpes, à la maison de Barcelone, établie dans la vallée de l'Ebre, sur la marche d'Espagne, au contact de l'Islam. Arrêtés vers le sud, les comtes catalans tournaient leurs ambitions vers le littoral méditerranéen, au pied des Cévennes et jusqu'au Rhône. L'opposition des intérêts et leur commune application créèrent le conflit. Le mariage en 1112 de Raimond Béranger de Bar­celone avec Douce, fille de Gerberge qui possédait le comté de Provence, le Gévaudan, le Carladais et une partie du comté de Rodez, valut au comte catalan un surcroît d'autorité en Provence. Il conduisit Alphonse Jourdain, de la maison de Toulouse, à signer en 1125 un traité délimitant les zones d'influence de chacun. Tout le pays au nord de la Basse Durance et sur la rive droite du Rhône, les châtaux de Beaucaire et de Valabrègue, l'Argence étaient dévolus au comte de Toulouse c'était le marquisat de Provence. La partie comprise entre le Rhône, la Durance, les Alpes et la mer fut la part du comte de Barcelone. Avignon, Pont de Sorgues, Caumont et le Thor restaient indivis. Le xIIe siècle sera rempli de querelles successorales, conséquences du régime féodal et de la diversité des coutumes. Douce avait une soeur cadette, Etiennette, qui à la mort de son aînée pouvait revendiquer l'héritage de Gerberge, Si l'on maintenait la succession en ligne directe. En revanche, Si l'on acceptait le trans­fert des biens par alliance, c'est au mari de Douce que revenait le comté de Provence. C'est sur cette seconde conception que tablait Raimond Béranger et Si, jusqu'en 1127, date de la mort de Douce, les chartes concernant leurs domaines furent signées à la fois par Douce et par son mari, elles ne portent plus après cette date que la signature de Raimond Béranger qui se substitua entièrement à sa femme. Tant que Raimond Béranger vécut, Etiennette n'aura pas de revendication, il n'en fut pas de même quand les biens de sa mère revinrent à ses propres neveux et qu'à la suite d'un partage la Provence échut à l'un d'eux. Or Etiennette avait épousé Raimond des Baux qui ne se fit pas faute de soutenir les droits que sa femme tenait de sa mère Gerberge. Du coup le Midi se divisa en deux clans d'une part, celui du neveu d'Etiennette, cadet de la maison de Barcelone, soutenu par son frère aîné, ainsi que par les vicomtes de Carcasonne, de Béziers et de Nîmes ; d'autre part, celui d'Etiennette et de son mari, soutenu par les Toulousains, le comte de Foix et même les Gênois, à qui on peut imputer le débarquement au cours duquel périt le neveu d'Etiennette. Raimond des Baux pour consolider sa position s'adressa à l'empereur Conrad III, qui possédait sur la région une autorité plus théorique que réelle, afin qu'il reconnût les pouvoirs qu'Etiennette et lui-même tenaient de l'héritage de Gerberge. Par acte du 4 août 1145 l'empereur valida leurs titres, sans en préciser trop le contenu, et leur donna le droit de battre mon­naie, avantage attaché à la souverainté. Mais les armes ne devaient pas ratifier cette décision, d'ordre juridique, et dès le début de 1147 la maison de Bar­celone à nouveau en guerre avec Raimond des Baux, emporta un succès décisif, dû en grande partie à l'absence du comte de Toulouse, occupé à la croisade. Son impuissance convainquit Raimond de composer et l'incita à négocier avec Barcelone : il fit sa Soumis­sion et mourut avant que les conditions de paix fus­sent arrêtées. Etiennette, et ses quatre fils : Hugues, Guillaume, Bertrand et Gilbert n'eurent d'autres res­sources que de renoncer à leurs droits sur le comté de Provence. Le traité mettant fin à ce premier épisode sera signé à Arles en 1150. La trève ne devait guère durer. Après cinq années d'attente Etiennette et ses fils relancèrent les dés. Allié au comte de Toulouse, Hugues obtint un pre­mier succès d'ordre diplomatique, et reçut de la part de l'empereur germanique, Frédéric Barberousse, confirmation des titres de sa maison. Mais les hosti­lités une fois encore tournèrent à sa confusion. La maison des Baux dut s'avouer battue et s'engager à ouvrir le château de Castillon et diverses places fortes à première réquisition. Le château des Baux et quelques-unes de ses défenses avancées étaient exclus de cette humiliante condition. En 1162, troisième et dernière tentative, d'un règle­ment par les armes : les catalans s' assuraient défini­tivement de leurs adversaires. Le château des Baux fut rasé et le territoire avoisinant ravagé. La maison de Barcelone voulut faire reconnaître sa victoire militaire par les chancelleries. Hugues des Baux, s'empressa de contrarier cette démarche, et fit état auprès de Frédéric Barberousse des deux diplô­mes pourvus de la bulle d'or impériale, émanant l'un de Conrad, l'autre de Frédéric Barberousse lui-même. Ce fut peine perdue. Frédéric Barberousse ergota, fit valoir que le nom de la Provence ne figurait pas dans les actes précités et se garda bien de donner raison au vaincu. Pendant près de vingt ans (1142-1162) la maison des Baux avait tenté de s'imposer. Les droits nés d'un mariage s'éclipsèrent dans un mariage. L'empe­reur donna sa nièce à Raimond Béranger III, de la maison de Barcelone, fidèle au prénom porté par le mari de Douce. Maîtresse des champs de bataille, la dynastie catalane se couvrait d'une reconnaissance impériale, à la vérité plus flatteuse qu'efficace.

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UNE FRUCTUEUSE MIGRATION

Evincés par la maison de Barcelone, les seigneurs des Baux durent un temps se contenter des seconds rôles, peu conformes à leur caractère et à leurs visées. Celui qui va maîtriser le destin et offrir à sa famille, guidée par l'étoile des mages, de nouveaux champs de gloire et de profit fut Barral, homme profond et poli­tique (1217-1268). Marié à Sibylle d'Anduze, nièce de Raimond VII, comte de Toulouse, il fut d'abord aux prises avec Charles d'Anjou, frère de Saint-Louis. Charles avait reçu en apanage le Maine et l'Anjou. Sa mère, Blanche de Castille, lui avait fait épouser, avec l'aide du pape, la quatrième fille de Raimond Béran­ger V, Béatrice (1246). Le changement de dynastie, aggravé de l'absence prolongée de Charles qui suivît son frère le roi à la croisade d'Egypte, créa la plus grande confusion en Provence. Les seigneurs turbu­lents les Baux, les Castellane prirent une attitude hostile. Les grandes communes, Arles, Avignon, Mar­seille s'érigèrent en véritables républiques gouver­nées par des consuls et formèrent, pour trente ans, une ligue défensive, sous la direction de Barral. Occupé en terre sainte, Charles d'Anjou, dut atten­dre 1251 pour réduire Arles, avec le concours de son frère Alphonse, devenu comte de Toulouse. Barral s'était tenu à l'écart de l'opération. Soucieux de rentrer en grâce, Barrai, négocia avec Blanche de Castîlle et lui promit son concours. Il s'engagea à soumettre Arles au comte d'Anjou et Avîgnon au comte de Poitiers. En 1252, il obtint la restitution de ses biens en comtat Venaissin sous la promesse d'aller servir en Terre-Sainte, à ses frais, avec neuf chevaliers et dix arbalétriers. En 1257 Bar­rai fut appelé à Orange comme témoin de la cession faite à Charles d'Anjou, comte de Provence, par Raimond des Baux, prince d'Orange, du royaume d'Ar­les que l'empereur Frédérîc avait donné à Guillaume, père de Raimond, le 2 janvier 1215. Lors d'une révolte marseillaise, Barrai reçut même le commandement des troupes comtales. Posté dans l'église Saînt-Victor, le seigneur des Baux réduisit les rebelles. En 1264, Charles d'Anjou fut appelé par le pape à la couronne de Naples et entraîna avec lui tout un concours de peuple destiné à occuper les nouveaux territoires. Le fils de Barrai, Raimond commandait l'avant-garde au moment de la rencontre avec Man­fred à Bénévent. La Provence se montra complaisante à Charles d'Anjou qu'elle avait d'abord combattu par fidélité au passé et par esprit d'indépendance. La meilleure manière de donner 1111 exutoire aux aspirations des habitants était de les conduire sur de nouveaux théâtres. Toutes les grandes familles furent conviées à se tailler dans le royaume de Naples de larges pos­sessions. Les soldats de fortune pouvaient gagner gra­des et emplois. Les armateurs et les commerçants, la richesse. Toute une population, à la recherche de fructueuses aubaines, s'engouffrait dans la péninsule, à la suite de Charles d'Anjou dont elle attendait monts et merveilles. Ce n'était pas d'ailleurs sans quelque contrepartie : impôt d'argent, impôt de sang. Mais la proie était trop belle pour ne pas engager à(le belles actions et à l'oubli des rancoeurs passées. Le cas de Barrai des Baux étai~ celui de toute une pro­vince désireuse de se reconvertir. Aussi n'y a-t-il rien d'insolite pour l'époque à ce qu'il en vint à renier ses anciennes alliances et à contracter, avec la nou­velle dynastie, un pacte de famille. Les fonctions de podestat de Milan et de grand justicier pour la Sicile récompensèrent ses bons et loyaux services. Son fils Bertrand (1244-1305) poursuivît l'ascension Si opportunément amorcée et reçut le comté d'Avel­lino, un des principaux du pays. Ses capacités s'illus­trèrent dans diverses charges : capitaine des troupes de Campanie, il fut aussi vicaire de Rome et ambas­sadeur près du roi d'Aragon. Il avait fait en 1263 un brillant mariage avec Philippine de Poitiers, fille du comte de Valentinois. Le petit-fils de Bertrand, Hugues des Baux, comte d'Avellino, joua un rôle éminent à la Cour. Lié d'ami­tié avec le roi Robert il acquit la réputation d'un fidèle et vaillant chevalier. La solidarité des deux maisons était éprouvée. Le roi Robert qui avait fait un séjour en Provence dans sa jeunesse, comme vicaire de son père, bénéficia de la sympathie des pro­vençaux. Et c'est à ce sentiment qu'il dut de conserver la Provence, convoitée par le roi de Hongrie, fils de son frère aîné. Lors de son couronnement en 1309 dans Avignon, il reçut l'hommage des barons, des prélats, des communautés, signe sensible de la recon­naissance de ses droits souverains. Nanti de cette investiture, il put se consacrer plus à fond à ses affai­res italiennes, et ne revint que dix ans plus tard en Provence, où il resta jusqu'en 1324. Les liens que Hugues avait tissés avec son suzerain lui valurent d'importants bienfaits. Il fut sénéchal de Provence, grand amiral du royaume et chambellan de la reine Jeanne. Il trouva le moyen d'obliger la princesse Marie, soeur de la reine, à épouser son fils Robert des Baux. Mais il fut assassiné à Gaète par Louis de Tarente. Les descendants de la famille des Baux reçurent dans la péninsule de nouvelles grâces et de substan­tiels avantages. Ils occupèrent une place de premier plan, près de Tarente et des Duras, branches cadettes de la famille royale qui, avec la reine Jeanne, fait à son tour, connaître bien des vicissitudes

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UNE FASCINANTE AVENTURIERE

Elevée dans un foyer austère et rompue dans sa jeunesse à la pratique d'une religion scrupuleuse, Jeanne de Naples (1326-1382) était la petite-fille du roi Robert à qui la postérité accorda un renom de sagesse. Il laissait à Jeanne un des plus beaux ensem­bles territoriaux de l'époque : tout le sud de l'Italie en Toscane, la ville de Prato; un domaine important en Piémont; la Provence tout entière ; sans compter des droits sur la Sicile et diverses principautés en Grèce. L'image que l'histoire nous a laissée de la reine Jeanne est, peut-on dire, double. Si les femmes de moeurs légères sont à Naples comparées à la reine Jeanne, la Provence, en revanche, a conservé le sou­venir d'une reine bonne, belle et diserte. « Parlo comme la bello Jano » y dit-on d'une personne de rapports agréables et pour évoquer la douceur du passé n'emploie-t-on pas la formule : « ero bu tems de la bono reino Jano » ? Frédéric Mistral en parle avec admiration dans un de ses poèmes des lies d'Or. La réhabilitation paraît bien tardive. La culpabilité de Jeanne dans le meurtre de son premier mari, André de Hongrie, reste une énigme. Bien des indices laissent à penser qu'elle ne se mêla pas directement de l'assassinat monté par les Tarente, désireux de se débarrasser d'un rival. Néanmoins, elle se consola vite et épousa en seconde noce, Louis de Tarente son cousin, adversaire du premier mari. Ce nouveau mariage amena la reine Jeanne en Avi­gnon, où elle obtint du pape la ratification de son nouvel état, mais ne put obtenir décharge de la mort d'André de Hongrie. Poussée par d'impérieux besoins, elle vendit à Clément VI la ville d'Avignon pour 80 000 florins. Sous son règne, la rivalité des Tarente et des Duras prit aux Baux un tour particulièrement vif. Robert de Duras, réfugié en Avignon auprès de son oncle maternel, le cardinal de Talleyrand-Péri­gord, voulut malgré ses promesses tirer vengeance de ses rivaux. Il mit, en compagnie du seigneur de la Garde et de quatre-vingts cavaliers, le siège devant les Baux. Nantis d'échelles, ils tentèrent une escalade nocturne et profitant de l'absence de Raimond des Baux, alors auprès du roi, s'emparèrent de la place. Un frère de Raimond, Antoine, prévôt de Marseille, figurait parmi les captifs (début de 1355). Ce fait d'armes partagea la cour pontificale. Inno­cent VI en fut indigné, tandis que le cardinal de Périgord défendit Robert de Duras. Le pape chargea, au printemps, une délégation composée des archevê­ques d'Arles et de Brindisi, de l'évêque de Senez, du doyen de Tarascon et d'un chanoine de Comminges d'aller faire entendre raison au hardi capitaine. La digne ambassade entra dans les Baux, mais ne put se faire entendre de Robert, ni obtenir la libération d'Antoine. Cependant le parti de l'impétueux Robert grandis­sait dangereusement, il s'accrut de trois cents cava­liers et de cinq cents fantassins qui ne se privèrent pas de piller les abords et de faire main basse sur les biens adverses. Les querelles au sein du consis­toire prirent un ton extrême. Si le pape menaçait d'enlever leur chapeau aux dissidents, ces derniers parlaient de le décapiter. Innocent VI en fut impressionné et se réfugia à Villeneuve-les-Avignon. Les tentatives de conciliation se multiplièrent néan­moins. On délégua Gautier de Brienne à Robert de Duras. Des pourparlers s'engagèrent aussi entre le cardinal de Talleyrand, d'une part, les représentants du vice-sénéchal et de la maison des Baux, d'autre part. Un accord intervint même entre eux, transmis à Robert de Duras par l'archevêque d'Arles et Hugues d'Arpajon. Rien n'y fit. Une résistance locale s'organisa. Il y eut bientôt huit cents cavaliers et nombre de fantassins décidés à emporter la place des Baux. Des contributions furent levées sur les principales villes et, après un conseil de guerre tenu à Tarascon, l'investissement de la forteresse commença. Une bastide fut construite destinée à atteindre la place. La Provence tout entière se mit sur le qui-vive et empêcha les renforts de parvenir aux assiégés. Soutenu par la papauté, le pou­voir légitime en quatre mois vint à bout du rebelle (20 juillet 1355). Robert de Duras devait plus tard combattre à la bataille de Poitiers, au service de Jean le Bon, et y périr. Durant la seconde moitié du xîv siècle, le règne de la reine Jeanne va être marqué en Provence par une série de troubles auxquels la maison des Baux et les grandes compagnies vont être mêlées, aggravant une situation déjà confuse du fait des rivalités existant entre les nobles et les cités. Une fois éliminé Robert de Duras, la maison des Baux va se trouver en conflit avec les Tarente dont l'influence ne cessait de croître. Rappelons notam­ment que Raimond des Baux avait à venger l'assassinat de son père Hugues (tué à Gaète par Louis de Tarente en 1351) et celui de son frère Robert (exé­cuté dans sa prison, 1354). L'oncle de Robert de Duras, le cardinal de Talleyrand, va se trouver cette fois-ci dans le camp de Raimond des Baux, décidés tous deux à secouer la tutelle du gouvernement de Naples. Leurs desseins seront secondés par cet Arnauld de Cervole, surnommé l'Archiprêtre du fait des fonctions qu'il avait remplies dans l'archiprêté de Vézines, près de Périgueux, et qui se trouvait, pour lors, à la tête d'une bande de routiers terroristes. Le dauphin de France tenait à les occuper au loin et le 16 mars 1357 Arnauld de Cervole, convoqué au Conseil, promit de transporter ses activités hors du royaume. La Provence va être en proie à la fois aux maux d'une guerre extérieure et d'une guerre civile. Le pape Innocent VI décrira ainsi les ravages de la guerre au roi Jean le Bon, alors prisonnier à Londres « Chaque jour, nous apprenons que les enfants de l'Eglise sont inquiétés, spoliés, torturés, décapités et perdent la vie dans différents supplices. Des hommes corrompent les vierges, débauchent les femmes, vio­lent les veuves et portent leurs mains sacrilèges jusque sur les vierges consacrées au Seigneur. » Si la plus grande partie de la noblesse fait le jeu de la subversion, les villes en général s'y refusent. Tarascon, Arles, Toulon, Hyères, Nice ferment leurs portes. Orange se met sur le pied de guerre et Siste­ron verrouille l'entrée de la Provence. Marseille se tient sur ses gardes, car elle est une proie particuliè­rement convoitée et entourée de terres baussenques Saint-Marcel, Aubagne, Roquefort, le Castellet où ses ennemis battent la campagne. Sa vigilance sera effi­cace. Le temps travaillait contre cette coalition mal assor­tie. Après une intervention épisodique du comte d'Ar­magnac, qui soutenait le gouvernement de Naples, l'Archiprêtre et ses bandes quittèrent le pays qu'ils avaient pressuré pendant quatorze mois (1359). Les biens et droits de Raimond des Baux seront confis­qués notamment au profit de Marseille. Raimond dut attendre plus de cinq ans pour obtenir un pardon réparateur. Quant à la reine Jeanne, embrouillée dans toute une série d'intrigues, de trahisons et de violences, elle aura encore deux maris Jacques d'Aragon en 1363 et Othon de Brunswick en 1375. Elle périt assassinée par Charles de Duras, qu'elle avait un temps flatté de l'espérance de sa succession.

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UN AFFREUX

A la mort de la reine Jeanne, ses états vinrent entre les mains d'une nouvelle maison d'Anjou. Son premier chaînon, Louis 1er, ne fit guère que traverser la Provence pour rejoindre ses possessions d'Italie, où il mourut en 1384. Sa veuve, Marie de Blois, énergi­que et intelligente, dut faire appel à toutes ses res­sources pour maintenir sa souveraineté. L'Union d'Aix, qui groupait dans une même action nobles et villes, tendait à s'attribuer l'essentiel du pouvoir. Cette situation donnait au roi de France Charles VI la prétention d'intervenir en Provence de manière, disait-il, à « oster la grand division qui y est, faire cesser la guerre et à ce que aucuns ne s'i boutent ». Au sein de ces désordres une figure se détache, celle d'un féodal, orgueilleux, batailleur et turbulent. Raimond Roger, vicomte de Turenne, appartenait à la haute aristocratie. Son père était Guillaume Roger, comte de Beaufort et vicomte de Turenne ; sa mère, Eléonore de Comminges. Petit neveu du pape Clé-ment VI, neveu de Grégoire XI, titulaire de nombreux fiefs en basse et haute Provence, il pouvait aussi bien se prévaloir de ses relations avec la cour de France, pour laquelle il s'était battu dans les Flandres, qu'avec le Saint-Siège qu'il avait soutenu en Italie. Les démêlés de Turenne avec le Pouvoir peuvent être découpés en trois périodes : la première, celle des conflits suivis de réconciliation ; la seconde, celle de l'isolement ; la troisième, celle de la liquidation. En janvier 1386, Raimond consentit à Marie de Blois l'arrêt des hostilités moyennant un certain nom­bre de concessions. Mais la trêve fut de courte durée et quelques mois après il reprenait les armes, repro­chant à la régente de lui avoir soustrait plusieurs villages des Alpilles, tandis qu'il s'aliénait le pape à l'occasion de problèmes financiers. Pris entre deux puissants adversaires, Raimond lâché par son père qui avait traité avec Marie de Blois, privé de l'agita­tion créée par l'Union d'Aix, dut faire sa soumission. Il entraînait avec lui sa mère, Eléonore de Commin­ges, qui partageait ses intérêts et ses humeurs. Pour défendre sa tante Aux de Beaufort contre les prétentions territoriales du comte de Valentinois, il reprit les armes et se comporta en véritable bandit. Des repaires de Roquemartine et des Baux, les gens de Turenne faisaient main basse sur les bagages des voyageurs. Clercs ou laïcs de passage étaient mis à la question et rançonnés. Aucune immunité n'était accordée. Le puissant évêque d'Albi fut ainsi délesté et dut laisser entre les mains de la soldatesque son or et ses pierreries. Le menu peuple n'était pas épar­gné vin, blé, bestiaux s'entassaient dans les maga­sins des Baux et des places avoisinantes. Mais on en était encore au stade des compromis. En 1389, il y eut un rapprochement avec le pape, et un arrangement avec Marie de Blois au sujet des Baux. Une trêve intervint en 1391 entre Raimond de Turenne et la régente qui se montra libérale. Rai­mond récupérait les places occupées par ses adver­saires, recevait 14 000 francs de dommages-intérêts et une rente de 1 000 livres. En contrepartie, il rendait hommage à Louis Il et faisait la paix avec Marseille. La réconciliation avec la cour de France et la papauté fut plus laborieuse. Appuyée sur des concessions réciproques, des cajoleries, de somptueux présents, la paix paraissait cette fois assurée (mai 1392). Le destin du vicomte de Turenne et de son époque n'était pas de couler des jours calmes et heureux. Malgré son désir de créer un équilibre entre les prin­cipales factions et de se ménager des alliances, Turenne va être peu à peu isolé au milieu des diffé­rentes forces en présence. L'initiative de la rupture va incomber cette fois à quelques seigneurs dont le mari d'Alix des Baux, comtesse d'Avellino qui contes­tait aux Beaufort des terres provençales les Baux, Castellane, Eguilles, Puyricard, etc. Raimond de Turenne, pour défendre son bien, se vit dans l'obli­gation de conserver les bandes qu'il avait promis de licencier et s'empara de plusieurs places Tortes tenues par ses ennemis. Les états de Provence mobilisaient, ils votêrent la levée de huit cents hommes dont un quart se chargeait des Baux. Raimond de Turenne sentit le danger de cette situation et rechercha quel­que appui extérieur. Un de ses moyens d'ouverture était la main de sa fille, Antoinete de Turenne, son unique héritière. Marie de Blois l'espérait pour son second fils Charles, mais Raimond répugnait à cette union avec une maison à laquelle il s'était vigoureu­sement opposé et préférait quelque seigneur du parti français. Mais tandis que l'on supputait de part et d'autre les chances d'obtenir la riche héritière et l'espérance de ses biens, le siège des Baux était brusquement entrepris au cours du mois de juillet 1393. Attaquants et défenseurs s'invectivent, échangent des coups, tan­dis que les otages laissés par Raimond sont molestés. Pour bloquer la place, deux « bastides » s'élèvent. Avignon fournit tout le bois nécessaire, tandis que de Tarascon viennent dix maîtres charpentiers. Le séné­chal de Provence réunit devant les Baux et dans la vallée du Rhône une troupe importante destinée àtenir la forteresse en respect et à maintenir la liberté de manoeuvre. La tête de Raimond, mise à prix et réclamée jusqu'au pied des Baux, tenait bon cepen­dant. Le pape Clément VII, dont Turenne n'avait pas reconnu le sacre, le convoqua à son tribunal comme larron, incendiaire et pillard (décembre 1393). A la fin de l'année Turenne maria sa fille à Jean le Main­gre, dit Boucicaut, maréchal de France. Il autorisa son gendre à pénétrer dans ses propres châteaux en échange de la promesse d'obtenir l'annulation des sentences rendues au profit d'Alix des Baux. Turenne raccompagna Boucicaut jusqu'à Baix en Vivarais et se déclara fort satisfait des conventions souscrites. Mais l'étau se resserrait autour de lui. Boucicaut, hos­tile à son beau-père tout en occupant une place qu'il tenait de lui, Pontgibaud en Auvergne, ne lui fut d'au­cun secours. Le roi de France, à vrai dire, tenta, encore une fois, d'imposer son arbitrage. Le pape l'aurait accepté, mais Marie de Blois s'y refusa et pré­tendit ne traiter que Si Raimond rendait les Baux, Roquemartine, Meyrargues, Châteauneuf de Mazenc, autrement dit ses possessions de la rive gauche du Rhône. La guerre continua et la mort du pape Clé­ment VII en septembre 1394 n'apporta aucun remède à la situation. Turenne se trouva petit à petit conduit à la capitulation. Son procès était ouvert devant la juridic­tion laïque du sénéchal de Provence. Il était accusé d'entretenir aux Baux, à Castellane, à Pertuis un ramassis de brigands étrangers aux pays, de procé­der de même à Meyrargues et aux Pennes. Autres accusations plus graves : exécution de ses ennemis jetés du haut du rocher des Baux, rapts, sacrilèges, incendies. Enfin des crimes contre l'honneur féo­dal : violations de serment et lèse-majesté. Il devait se présenter devant les juges, le 21 décembre 1394. L'ordre en fut publié à son de trompe à Arles, Saint­Rémy, Tarascon et affiché, de nuit, aux portes même des Baux. Bien entendu Raimond fit la sourde oreille et adressa au nouveau pape Benoît XIII la liste de ses propres revendications. Il renforça les précau­tions d'ordre militaire et mobilisa ses forces qui s'étaient augmentées de cinq cents hommes. Razzias, incendies, pillages se succédèrent. En face, les contre­mesures étaient prises et la guerre se poursuivait entre Raimond, la couronne et les états, sans qu'au­cun accommodement n'en réduisit l'horreur. Nous arrivons ainsi à l'année 1396 où, après une démarche infructueuse de Réformat d'Agout auprès d'Eléonore de Comminges, le siège des Baux, de Roquemartine et de Vitrolles fut décidé. Deux cents hommes de troupe et une bastide d'une capacité de quarante hommes de pied et quarante hommes à che­val constituaient la force d'intervention. En l'année 1397 la pression des assaillants s'accentua. Le sénéchal de Provence dirigea en personne le siège des Baux et de Roquemartine où tenaient encore les sup­pôts de Turenne. Pertuis, assailli avec « engins et bombardes » capitula après dix-huit jours (le siège. Au début de 1398 une redoute de quatorze mètres de haut commandait les terres de la Cran et surveil­lait la place des Baux. Boucicaut s'engageait de plus en plus contre son beau-père, tandis qu'Alix des Baux récupérait Montpaon, Castillon, Mouriès, Eguil­les, les Baux, Séderon... A la fin de 1399 Raimond de Turenne était rejeté hors de Provence, et voyait s'ef­fondrer son rêve. Contrairement à la légende, il ne disparut pas noyé dans le Rhône en 1400. Il vécut encore dix ans au moins. Sa mère, Eléonore de Com­minges qui avait embrassé son parti, emprisonnée par Boucicaut, le gendre infidèle, dut abandonner Meyrargues. C'était la fin d'une aventure que la Pro­vence n'a jamais fait sienne et qu'elle a toujours considérée sous les couleurs les plus noires. Comme le dit Mistral, dans Nerte Il y aura treize ans, vienne la Saint-Eutrope. Un jour, Isnard de Mormoiron Nous réunit, quelques barons Pour chasser de son parc Les loups de Raymond de Turenne: Tu sais ? ce grand pillard, Ce détrousseur, enfonceur de moûtiers, Qui, dans ses incursions, traînait Le meurtre et l'incendie et qui passait Sur les bastides et les châteaux Tel qu'un râteau aux dents de fer.

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UNION OU ANNEXION

La mort de Raimond de Turenne allait rendre à sa pupille Alix des Baux (1372-1428), le plein exercice de ses droits. Par testament (octobre 1426), elle trans­mit ses biens personnels à son plus proche parent, Guillaume des Baux, duc d'Andria. Ces mesures n'eu­rent pas l'heur de plaire au comte de Provence, Louis III d'Anjou, qui refusa de les reconnaître et mit la main sur la baronnie des Baux, dès lors consi­dérée comme terre comtale. Mort en 1434, Louis III laissa la couronne à René d'Anjou, son frère. Né le 20 janvier 1408, à l'ombre du château d'Angers, le futur roi avait reçu le nom d'un des insignes protecteurs de la cité, à qui la légende accordait le bénéfice d'une résurrection mer­veilleuse et que, pour cette raison, on avait doté du nom de René (soit deux fois né). Légende et explication tout à fait dans le goût du moyen âge. Mgr René subit la loi de son époque et essuya les caprices les plus désordonnés de la fortune. Jusqu'en 1438, duc de Bar et de Lorraine, il dut lutter contre les ambitions de ses rivaux, tandis que par la suite il guerroyait en Italie pour tenter d'y restaurer l'au­torité de sa maison. De 1443 à 1471, ce sont les affai­res angevines qui l'occuperont. Puis retiré en Pro­vence il y terminera ses jours, non sans avoir marqué son administration par sa bonhomie et son goût des réformes. Son caractère libéral ne se démentit jamais. Il octroya, en viager, à sa seconde femme, Jehanne de Laval, sa loyale compagne, l'antique baronnie des Baux ; elle habita souvent le château qu'elle orna et embellit, tandis que les services du roi veillaient à l'entretien des bâtiments. La faveur du roi René valut aux Baux plusieurs privilèges justifiés par l'importance des travaux d'en­tretien et de grosses réparations que la collectivité devait exécuter à la ville et aux remparts. Par lettres patentes données à Marseille le 10 mars 1437, le roi René concédait à la communauté les avantages sui­vants: a) Sur le plan politique : La ville et le château sont définitivement incorporés au domaine royal. Des compétences locales sont confiées à des syndics élus. b) Sur le plan judiciaire : Les habitants des Bau~ ne pourront être détenus en prison que dans leur propre ville. Les sentences de leurs juges ne pour­ront être revues ou cassées que par le grand sénéchal de Provence. Les habitants des Baux sont soustraits àla juridiction des officiers de justice, à moins d'un mandement venu de l'autorité supérieure. c) Sur le plan économique : Le droit de pêche au filet et à la ligne, avec ou sans barque, est reconnu aux gens des Baux sur les marais de Castillon. Pen­dant la période d'ouverture, la chasse est possible, sans furon et sans feu, sauf sur la montagne du Def­fens. Le recrutement de bergers étrangers au pays est admis. d) Sur le plan fiscal : Tout droit d'octroi est supprimé, il est possible de vendre ou d'acheter sans taxe. La donation entre vifs est exempte de droits de lods. Pas de droit de gabelle aux Baux. Remise des amendes passées quel que soit l'auteur de l'infrac­tion. Faute d'héritier direct, et sous la pression du roi de France, le roi René, passant outre à la tradition, légua le comté de Provence, non pas à son petit-fils René Il, mais à son neveu Charles du Maine, valé­tudinaire sans enfant (22 juillet 1474). Aussi quand le roi René mourut le 10 juillet 1480, le sort de la Provence et des Baux était réglé. Charles au bout de dix-sept mois de règne quittait ce bas-monde après avoir désigné pour lui succéder le roi Louis XI. Dès que ce dernier eut appris la mort de Charles III et le contenu Si favorable de ses dernières volontés, il nomma comme lieutenant-général en Provence un homme qui était son principal agent dans le pays depuis cinq ou six ans, Palamède de Forbin. Ce der­nier s employa à faire voter par les états cinquante-trois chapitres préparés par ses soins (15 janvier 1482). Ils formèrent la Constitution de la Provence, la charte de ses libertés et privilèges. Mais l'on peut se demander Si, comme ces déclarations officielles le laissaient entendre, la Provence était bien unie à la France comme un principal à un autre principal, ou Si elle n'avait pas été purement et simplement annexée. Louis XI, touj ours accapareur et méfiant, écarta Palamède de Forbin en lui confiant une mis­sion au delà des Alpes, et désigna pour le représen­ter le sire de Baudricourt, son homme de confiance qui avait fait ses preuves en Lorraine (1483). Le nou­veau lieutenant-général était un homme peu com­mode ; tout en rendant justice aux victimes de Pala­mède de Forbin, il fit démolir les châteaux jugés inutiles et s'attaqua aux murailles des Baux. Il réunit dans ce dessein une importante troupe et obtint du Conseil de ville d'Arles, une contribution de trois cents florins. « L'abattement du château » ne fut pas mené à son terme. Comme point de surveillance et réserve d'infanterie, il pouvait encore servir à la police du roi. Louis XI mourut le 30 août 1483, et les remparts des Baux furent relevés d'ordre du séné­chal. La vieille forteresse avait définitivement perdu son rôle militaire et c'est comme siège d'une simple viguerie royale qu'elle survécut à son ancienne gloire. Les « terres baussenques » étaient définitivement aliénées. Transformés en baronnie, donnés par le roi à d'importants personnages, les Baux seront adminis­trés en principe par un gouverneur, mais en fait par un viguier, qui en avait reçu délégation. Toutefois, et par suite de circonstances tout à fait exceptionnelles, la baronnie revint un temps entre les mains d'un lointain - très lointain - descendant de la race des Baux. En effet, le roi de France, Louis XII la confia à l'un de ses familiers, frère Bernardin des Baux, chevalier de Rhodes et de Saint-Jean de Jéru­salem, conseiller et maître d'hôtel du roi, capitaine des Galères. Hardi marin qui s'illustra contre Venise, la république de Gênes, les Turcs et les Barbaresques, il fut surnommé le « Grand Corsaire ». A la date du 4 mai 1513, Louis XII lui donna les châteaux, place, terre et seigneurie des Baux, sous les conditions accoutumées pour le récompenser des services rendus au royaume et de ses fructueuses prises de mer. Ber­nardin fit son entrée aux Baux, le 5 juillet 1513, non sans que les habitants ne lui aient fortement marqué qu'ils ne livraient la ville qu'au roi. L'administration courante fut confiée à Jean Fabre, tout le temps de la vie de son maître qui s'éteignit à Marseille en 1527, dans la disgrâce royale. Bernardin avait du moins tenu à assurer la conservation des Baux, où il pos­sédait une résidence secondaire.

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APRES LES TENEBRES LA LUMIERE

Le malheureux Grand Corsaire n'eut même pas la satisfaction d'obtenir que ses dernières volontés fus­sent respectées. François 1er, en vertu du droit d'aubaine, confisqua ses biens et donna la baronnie des Baux à Anne de Montmorency, connétable de France, son compagnon d'enfance, qui joua en Provence un rôle important. Lors de l'invasion de la Provence par Charles Quint en 1536, il mit le pays en état de défense. L'empereur dut s'ouvrir un passage difficile : la résistance de la tour du Muy est restée célèbre. Atteint au début d'août 1536, Aix ne possédait aucune capacité défen­sive. Les conseillers au Parlement étaient déjà partis et siègeaient à Pont-Saint-Esprit, loin du tumulte. L'empereur s'empressa de constituer un sénat, formé de juristes, qui le proclamèrent roi d'Arles et comte de Provence. C'est à ce titre qu'il prépara la redistribution du pouvoir, la création de quatre duchés et de quatre principautés, parmi lesquelles figuraient les Baux. Dans le même temps le duc de Savoie, son allié, s'occupait de la destruction du Palais Comtal, où se trouvaient conservés titres et droits acquis. Mais le premier président Chassanée et le conseiller Forbin avec l'appui de Montmorency mirent à l'abri dans la forteresse des Baux les principales archives et les sauvèrent de la destruction. D'ailleurs Char-les Quint connu quelques revers et se retira, non sans perte. Montmorency, dont la détermination et le carac­tère farouche avaient concouru à la victoire, ne fut pas moins heureux dans son rôle de mécène et d'amateur d'art. Médiocre politique, soldat âpre et sans scrupule, il fut un grand bâtisseur auquel on doit Ecouen et Chantilly Il. De son temps le style Renais­sance pénétra dans les Alpilles, après avoir connu son épanouissement dans le Val de Loire. Ce n'était pas la première tentative architecturale que le quat­trocento avait suscitée en Provence. Le roi René avait déjà ramené d'Italie, dont il avait été eXpUlSé par la maison d'Aragon, un certain nombre d'artistes ayant travaillé à Naples ou à Urbin et, parmi eux, un chef de file: Francesco Laurana. On leur doit notamment le retable de Saint-Lazare à la vieille major de Marseille, le portement de croix de Saint­Didier en Avignon (1475-1483) et le tombeau de Jean de Cossa à Tarascon. A ce premier stade, la Renais­sance italienne n'eut pas en Provence un grand reten­tissement, mais il faut bien se pénétrer de la situa­tion du pays ; il ne connaissait alors ni l'activité de Florence, ni la fréquentation aristocratique du Val de Loire : il était pauvre. L'animation viendra de l'extérieur et un puissant seigneur comme Anne de Montmorency semble avoir agi là comme modèle. Un de ses courtisans, le baron de Cental, dont les possessions s'étendaient des deux côtés des Alpes, en Provence et en Lombardie, fit édifier le château de la Tour d'Aigues (à coiupter de 1550) dont la disposition, la clôture, l'arc triom­phal, les pavillons carrés aux angles, reprennent le dessin d'Ecouen. Cela nous donne la mesure de l'in­fluence qu'un mécène comme le connétable peut avoir sur une lointaine province. Phénomène de mimétisme, remarqué par les érudits, le château de la Tour d'Aigues se modifiera, au fur et à mesure des embellissements apportés à Ecouen. Une ressem­blance bien frappante encore s'établit entre les pavil­lons d'angle de la Tour d'Aigues et ceux du Pavillon du Roi au Louvre : le monarque lui-même fournit l'exemple que l'on imite dans un esprit de cour. Lorsque vers 1571, la famille de Manville, introduite aux Baux par les Montmorency, voulut se faire construire un hôtel particulier, elle adoptera naturellement le style Renaissance. La diffusion de cette architecture aux Baux et dans les Alpilles s'explique aisément, tandis que la basse Provence en fournira peu d'exem­ples. Nous avons des marques plus concrètes des rap­ports qui lièrent les Baux à la faveur royale. En 1.;38 François ler en personne fut reçu aux Baux. Le notaire André Salomé l'a ainsi noté dans ses archives, en langue vulgaire L'entrado du Rey de France que fit es Baux. Nota que l'an de grâce MDXXXVIII et le vendredy, XVII de may, le très chrestien Roy de France, Françoys premier de ce nom, entra dedans les Baux, aussi monseigneur le Dauphin et monseigneur d'Angolême, le roy de Navarre, monseigneur le Cone stable, monseigneur lamyral (le France, le comte de Sainct Poul, monseigneur de Vendome, monseigneur le cardinal de Loreyne, monseigneur de la Palice, monseigneur de Boysy et plusieurs autres seigneurs de France, mon-seigneur de Rotellin, la reyne de France, la fame de monseigneur le Dauphin, la fille du roy de France, la reyne de Navarre, Madame la cones­table, Madame la marquise de Rotellin et plu­sieurs autres seigneurs et dames de France des­quels les noms sont inconnus. Le successeur du connétable, Honoré des Martins, conseiller du roi en son conseil privé, sénéchal de Nîmes et de Beaucaire, fut seigneur et baron des Baux de 1567 à 1581. Il s'était illustré dans les guer­res de Flandre contre Charles Quint et était connu sous le nom de capitaine Grille. Sage et bienveillant à l'égard des populations, il ne semble avoir rien fait pour combattre l'hérésie. Sa femme, Jehanne de Qui­queran, à qui il faut attribuer le pavillon de la « Reine Jehanne », modèle d'architecture Renais­sance, animée d'une recherche baroque, mourut dans la religion réformée. Le successeur du capitaine Grille comme baron et gouverneur des Baux fut Jacques de Boches (1582-1621, seigneur de Vers, Séderon et Vacquières. Neveu de Jehanne de Quiqueran, il s'employa à lutter contre l'hérésie et fit preuve d'un esprit d'autorité qui l'en­traîna dans maintes contestations avec ses adminis­trés. Il mourut le il mai 1621 au château des Baux et fut inhumé à Saint-Trophime d'Arles. Sous son gouvernement, le chevalier de Guise fit aux Baux une visite qui se termina tragiquement. Mais laissons un chroniqueur nous en conter le détail M. François Paris de Lorène, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, lieutenant de son frère, Mgr le duc de Guise en ce paIs de Provence... dit aux gentilhommes qui le suivaient (aux Baux) : « Je veux vous faire voir que je sais braquer et tirer le canon. S'approchant de l'un d'eux un peu plus grand qu'une moyenne, l'ayant fait charger lui-même, lui mit la balle et l'appointa contre un trou de la muraille du chas­teau vieux. Ce fait le voulit tirer quoique le cannonier lui pria de luy permettre de ce faire ains luy mit le feu, le canon se creva 2 pans pro­che de la qulote et brisa la cuisse droite et le genou du prince et le blessa un peu au côté droit. Dès aussitôt le portèrent au château, là où estant demanda un prestre et se confessa par le secondère de l'Eglise du lieu et se fit donner l'extrême onction ; mourut 1 heure 1/2 après sa blessure, ayant prié les assistants, en particulier le chevalier de Grignan, le faire ensevelir en cette ville d'Arles. Heureusement, les Baux n'offrent plus aujourd'hui de pièges de cette sorte. Les seigneurs des Baux ne purent toujours exercer leurs attributions en personne et ils durent désigner des représentants dont l'influence fut importante dans la gestion de la place. Sous le gouvernement du connétable de Montmorency s'établit aux Baux une famille qui y laissa des traces durables. Claude de Manville, capitaine des galères et vaisseaux du Roy avait épousé Philippine de Brion appartenant à la noblesse locale. Le couple devint propriétaire de gran­des terres au pied même du château et reçut, le 9 mars 1543, du roi François 1er, la juridiction mère, mixte et impère sur le mas et les moulins de leur terroir. La gestion de Claude de Manville laissa un excellent souvenir, puisque le Conseil général lui décerna ce satisfecit : « que étant capp. de Lad. Ville et chasteau des Baulx, les a bien et duement traités, régis et gouvernés, soues bonne paix et pollice, (le justice, tellement qu'ils s'en sont contentés ». Ce n'était pas, même à cette époque, une tâche facile. Son neveu Jehan qui exerça la charge depuis 1561 jusqu'en 1575 fut moins heureux dans son adminis­tration. Il avait pris ses fonctions dans une atmosphè­re favorable. Le Conseil général dans sa requête au roi l'avait fortement appuyé : « Il est homme suffisant, capable et responsable, de bonnes moeurs et conscience ayant les biens dans le district de cette juridiction des Baux et homme qui de sa jeunesse à suivi les guerres du Roy tant par mer que par terre. » Mais il ne put contenir les désordres suscités par les différends d'ordre religieux qui déchiraient le pays. Il dut abandonner un temps la gestion qui lui avait été con­fiée et laissa les religionnaires s'emparer de la ville, piller le château et jeter les ornements de la chapelle Saînte-Catherine dans la citerne. Le frère de Jehan, Claude Il, écuyer, vivait aux Baux. Il avait épousé, en septembre 1560, Yolande de Paul de Lamanon et donna asile aux protestants. C'est lui qui fut maître d'ouvrage de l'hôtel de Manville dont une annexe porte la devise de la réforme : POST TENEBRAS LUX.

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CAR TEL EST NOTRE BON PLAISIR

Le dernier baron des Baux, Antoine de Villeneuve, époux de Loyse de Luynes, souffrit de l'ambiguïté de ses relations avec la cour. Nommé par la faveur de Gaston d'Orléans, frère et ennemi du roi, il subit la disgrâce de son protecteur. Sa bienveillance et sa générosité lui valurent la confiance de ses adminis­trés. Mais sa fidélité fut suspectée par le roi et le cardinal de Richelieu qui voulurent s'assurer de la forteresse des Baux et du baron de Villeneuve. Le premier acte de défiance eut pour agent le sieur d'Estoublon, viguier de la ville d'Arles. En vue de faciliter l'opération, le roi convoqua Villeneuve à la cour et d'Estoublon reçut, en sous-main, la viguerie et capitainerie des Baux. Au lever du jour, accompagné d'un médecin, Jean Boussac, et d'une cinquan­taine d'hommes, Estoublon s'empara d'abord de l'entrée de la ville, d'ailleurs mal défendue, car les Baus­sencs avaient eu la malencontreuse idée de vendre aux gens de Saint-Rémy la sarrasine de la porte. Le sieur de Gardanne qui exerçait le commandement en l'absence de Villeneuve fit diversion, introduisit par une poterne quantité de paysans décidés, se mit à leur tête et chassa les commandos arlésiens. Les naïfs baussencs ne réalisèrent pas immédiate­ment d'où venaient le coup qui les frapapit. Le Conseil général décida d'envoyer deux ambassades, l'une, pour information, composée des sieurs de Molières et de Verassy, vers le duc de Guise, gou­verneur de Provence ; l'autre auprès du roi et de Vil­leneuve. Le sort réservé à leurs délégués aurait dû ouvrir les yeux des populations. Molières fut mis en prison à Aix et le sieur de Verassy en revenait por­teur de mauvaises nouvelles. Guise envoyait le capi­taine de Saucourt et sa compagnie prendre garnison aux Baux et exigeait leur hébergement. Dans son aveuglement, le Conseil général refusa le passage à Saucourt et mit la ville en état d'alerte. Le destin des Baux était scellé. Naturellement Sau­court mit le siège devant la ville. Naturellement les habitants résistèrent héroïquement aux assauts, à la faim et à la soif causées par la disette. Toujours aveugles, ils envoyèrent un nouveau message au roi pour lui demander aide et assistance. La réponse les surprit. Les lettres patentes, portées par SaucourL lui-même étaient adressées « A mes chers et bien aimez les Consuls et habitants de nos villes et chasteau des Baux en Provence. » Leur contenu était moins bien­veillant. Saucourt prenait le commandement de la place, accompagné de cinquante hommes d'armes chargés de la sûreté et de la conservation des lieux. La dépense était mise à la charge de la cité. Le document était revêtu de la tranchante formule de l'absolutisme : « Sy ny faictes faulte car tel est notre plaisir. Donné à Saint Germain en Laye ce 18e jour de juin 1631. Signé Louis. » Le Conseil général, soudain éclairé, fit preuve de compréhension. Le pont-levis des Baux s'abaissa pour Saucourt et ses hommes. Le siège avait duré près d'un mois. Il fallait maintenant régler les comptes. Au cours d'une réunion du Conseil général, le 29 août, l'inten­dant de Provence, le sieur de la Potherie, signifia que sa Majesté vendait, avec leur consentement, la cité des Baux, aux habitants eux-mêmes. Estoublon en avait passé contrat avec le roi au prix de cent mille livres, payables avant le 15 septembre. Comme il s'en expliqua alors, cette transaction n'avait été obtenue qu'à grand peine. Généreusement, il faisait don à la communauté de la charge de captaine-viguier à lui conférée, moyennant une juste indemnisation de ses frais de voyage. Les conseillers, résignés à leur mauvaise fortune, se préoccupèrent de réunir les sommes indispensables cent mille livres pour le rachat des fortifications aux­quelles s'ajoutaient les frais d'entretien des troupes pendant et après le siège, le coût de la démolition des remparts, l'indemnisation des victimes de guerre. Les emprunts contactés à Aix, Marseille et Brignoles permirent de trouver 149 784 livres, dont 100 000 fu­rent immédiatement employées au rachat du domaine. Le problème de la destruction des murailles trouva les habitants divisés, comme Si la volonté du roi et de son premier ministre laissait place à quelque hési­tation. La nécessité l'emporta enfin et la mise en adjudication des travaux fut décidée. L'appel d'offres, publié à Tarascon, Beaucaire, Nîmes, Montpellier, Marseille, Aix, Draguignan, Toulon, Arles, Saint­Rémy, et Avignon donna lieu à une large concur­rence. Au commencement de 1632 le prix obtenu à Marseille était de 5 200 livres, chiffre intéressant fruit d'un patient marchandage. L'adjudicataire était Pol Reboul, maître maçon à Tarascon qui s'assura la collaboration de quelques collègues marseillais. L'opé­ration n'était pas Si aisée et il y eut accident de per­sonnes. Elle commença par le château qui dut être attaqué à la poudre tant ses puissantes et lourdes masses résistaient au pic des démolisseurs. Au moment de toucher aux remparts de la ville, quelques notables s'en furent à Marseille pour obte­nir rémission. Mais en vain. Quatre compagnies et un ingénieur restèrent sur place pour assurer l'ordre public et la bonne exécution des travaux. Une fois l'enceinte abattue, l'on combla les citernes et les puits afin de ruiner par avance toute tentative de subversion. Le martyre des Baux se poursuivait sans éclat mais sans relâche. Bientôt les besoins d'argent sus­cités par l'entretien des troupes s'ajoutèrent aux dommages en nature. Il fallut réquisitionner et les malheureux consuls pris entre le respect des engage­ments et les doléances de leurs administrés, se virent plusieurs fois dans l'obligation de quitter la ville. La situation empirait et les Baux, complètement vidés de leur substance, en vinrent à désirer l'aliéna­tion de leur domaine. C'est à Villeneuve qu'ils s'adres­sèrent, dans cette extrémité, pour trouver un acqué­reur solvable. Le roi ne tenait pas à laisser échapper cette occasion, il usa de son droit de rachat et res­titua à la cité la somme de cent mille francs perçue onze ans auparavant. Le bon plaisir avait de ses coquetteries.

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LES GRIMALDI DE MONACO

Comment la baronnie des Baux passa-t-elle aux mains des princes de Monaco? C'est une des péripé­ties de la lutte alors engagée entre Français et Espa­gnols soucieux d'asseoir leur influence sur le sud-est européen. Pour la France, il s'agissait d'évincer les Espagnols de Monaco, où ils s'étaient installés à la faveur de la minorité du prince Honoré Il. En effet, à la mort de Hercule 1er qui périt assassiné, la régence revint au tuteur du jeune prince, son oncle Horace. Ce dernier, partisan de l'Espagne, admit à Monaco l'installation d'une garnison hispanique, chargée en principe de maintenir l'ordre et la paix. L'héritier légitime, parvenu à maturité, voulut secouer cette allégeance. Mais comme sa puissance militaire ne lui permettait guère d'atteindre ce but, il dut avoir recours à la ruse. Le prince Honoré noua des rapports secrets avec la cour de France et convint avec elle d'une action concertée dont les conséquences étaient, par traité, mûrement pesées. C'est ainsi que les biens susceptibles d'être perdus en Italie par le prince, d'un rapport annuel de 25 000 écus ou ducatons, devaient être remplacés par des terres en France, situées de préférence en Provence, four­nissant les mêmes dividendes. Un duché-pairie pour le prince régnant, un marquisat pour son fils et un comté compenseraient éventuellement les pertes de la dynastie. Mais le pire n'étant pas toujours certain, les parties contractantes avaient prévu le cas où les Espagnols, magnanimes, auraient laissé au prince une partie de ses biens. La France n'aurait alors en charge que la compensation des pertes réellement subies. Maintenant il s'agissait de mettre l'ours à terre, c'est-à-dire d'expulser les Espagnols de Monaco. Honoré ne disposait d'aucune véritable force d'in­tervention. Il sut la créer de toute pièce en faisant appel à son imagination. Sous prétexte de punir quel­ques excès commis contre les Espagnols il fit enfer­mer trente habitants de Menton et de Roquebrune reconnus comme résistants et favorables à sa cause. Le tour était machiavélique. Puis il obtint d'un com­mandant sans méfiance qu'une partie des soldats de la garnison allassent se refaire au domicile des habitants emprisonnés. Alors Honoré alla vers ses prisonniers, leur expliqua tout rondement la véri­table raison de leur incarcération et leur dévoila ses plans. Partant de ce noyau, dur et résolu, avec quel­ques serviteurs zélés et les habitants les plus fidèles comme Jérôme Rey, il mit rapidement sur pied ses groupes de combat. Il ne restait plus qu'à courir à Antibes et à prévenir la garnison. Le lendemain les troupes francaises entraient à Monaco, sans coup férir (18 novembre 1641). Le fer et l'astuce ayant procédé à l'essentiel, la négociation s'imposait à nouveau. Les Espagnols n'obtinrent aucune concession d'Honoré 11. Aussi ce dernier perdit-il ses terres d'Italie et n'eut point à subir de restrictions dans les réparations dues par la France. La Provence et le Dauphiné fournirent les terres destinées à compenser les lourdes pertes infligées, en rétorsion, par les Espagnols et c'est ainsi que les Baux et Saint-Rémy érigés en marquisat pour Hercule 11, fils du prince régnant, connurent un nou­veau lustre à défaut de nouvelles aventures.

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DE LA REVOLUTION POLITIQUE A L'ERE INDUSTRIELLE

A la révolution, le bourg des Baux avait perdu sa prépondérance, les habitants descendus dans la plaine formaient les agglomérations de Maussane, Mouriès, Saint-Martin de Castillon constituées en paroisses indépendantes correspondant à d'anciennes défenses baussenques. Les événements trouvèrent l'opinion publique très partagée. La ville était monarchiste, la plaine républicaine. Le curé Bertrand, resté fidèle à l'ancien régime, refusait de prêter serment à la constitution civile du clergé. Il dut se cacher et on le trouve un moment à Aureille, dont il était origi­naire. Condamné à la déportation, il purgea sa peine sur les pontons de Saint-Martin de Ré, jusqu'à sa délivrance, en juin 1800. Le curé de Maussane, en revanche, adhéra au nouveau régime. On le voit en 1791 prêter serment à la Constitution et présider des assemblées à l'intérieur de l'église. Il obtint des pou­voirs locaux l'autorisation d'y transporter un autel de marbre sauvé de la démolition. La sécurité publique était précaire. Joseph Manson de Saint-Roman, quoique maire, fut assassiné en mars 1793. Les paysans, désireux d'effacer toute trace d'absolutisme, s'emparèrent du château et mirent le feu aux chartes, où se trouvait inclus le statut de leur servitude. Mais les sources de l'histoire des Baux n'étaient pas pour autant détruites. Il nous reste encore des documents d'Etat, des procès-verbaux d'assemblées, des registres paroissiaux, de pré­cieuses archives notariales. Malgré le désordre, l'oeuvre novatrice de la révolution s'accomplissait. Un arrêté du 4 brumaire an IV érigea Maussane, Mouriès, le Paradou en communes, consacrant sur le plan du droit public, une situation de fait déjà ancienne. C'est en 1801 que la délimitation des nouvelles entités administratives devint défi­nitive. Au cours du XIXe siècle la commune des Baux s'est rapidement vidée de sa substance et de sa population La production agricole a changé d'objet et les céréa­les ont laissé la place aux cultures arborescentes. Le phénomène qui a le plus affecté le paysage est la disparition des bois et leur remplacement. Le chêne kermès, le genêt, le romarin, le buis ont pris leur place. L'anéantissement de la forêt laisse loin der­rière lui le souvenir du temps où les barons des Baux chassaient le cerf dans les taillis proches de leur château. Les activités de transformation se sont éteintes peu à peu. En 1820, il y avait encore deux moulins, en 1933 il n'en subsistait qu'un, occupant une dizaine d'hommes pendant une vingtaine de jours par an. L'industrie lainière et de la toile, vivace aux xvi' et xvIIe siècles, n'est plus représentée à la révolution. Les carrières de pierres sont aujourd'hui presque abandonnées. Mais leur ampleur et leur beauté, mises à la mode par Jean Cocteau, attirent cinéastes et peintres, séduits par ces espaces privilégiés que l'on aimerait voir consacrer au culte de l'esprit et de l'art.

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