Les Baux de Provence |
|
|
|
:: L' histoire des Baux de Provence :: |
|
|
|
APRES LES TENEBRES LA LUMIERE |
|
|
|
Le malheureux Grand Corsaire n'eut même pas la satisfaction d'obtenir que
ses dernières volontés fussent respectées. François 1er,
en vertu du droit d'aubaine,
confisqua ses biens et donna la baronnie des Baux à Anne de Montmorency, connétable
de France, son compagnon d'enfance, qui joua en Provence un rôle important. |
|
|
|
Lors de l'invasion de la Provence par Charles Quint en 1536, il mit le
pays en état de défense. L'empereur dut s'ouvrir un passage difficile : la résistance
de la tour du Muy est restée célèbre. Atteint au début d'août 1536, Aix ne
possédait aucune capacité défensive. Les conseillers au Parlement étaient
déjà partis et siègeaient à Pont-Saint-Esprit, loin du tumulte. L'empereur
s'empressa de constituer un sénat, formé de juristes, qui le proclamèrent roi
d'Arles et comte de Provence. C'est à ce titre qu'il prépara la redistribution
du pouvoir, la création de quatre duchés et de quatre principautés, parmi
lesquelles figuraient les Baux. Dans le même temps le duc de Savoie, son allié,
s'occupait de la destruction du Palais Comtal, où se trouvaient conservés
titres et droits acquis. Mais le premier président Chassanée et le conseiller
Forbin avec l'appui de Montmorency mirent à l'abri dans la forteresse des Baux
les principales archives et les sauvèrent de la destruction. D'ailleurs
Char-les Quint connu quelques revers et se retira, non sans perte. |
|
|
|
Montmorency, dont la détermination et le caractère farouche avaient
concouru à la victoire, ne fut pas moins heureux dans son rôle de mécène et
d'amateur d'art. Médiocre politique, soldat âpre et sans scrupule, il fut un
grand bâtisseur auquel on doit Ecouen et Chantilly Il. De son temps le style
Renaissance pénétra dans les Alpilles, après avoir connu son épanouissement
dans le Val de Loire. Ce n'était pas la première tentative architecturale que
le quattrocento avait suscitée en Provence. Le roi René avait déjà ramené
d'Italie, dont il avait été eXpUlSé par la maison d'Aragon, un certain nombre
d'artistes ayant travaillé à Naples ou à Urbin et, parmi eux, un chef de
file: Francesco Laurana. On leur doit notamment le retable de Saint-Lazare à la
vieille major de Marseille, le portement de croix de SaintDidier en Avignon
(1475-1483) et le tombeau de Jean de Cossa à Tarascon. A ce premier stade, la
Renaissance italienne n'eut pas en
Provence un grand retentissement, mais il faut bien se pénétrer de la situation
du pays ; il ne connaissait alors ni l'activité de Florence, ni la fréquentation
aristocratique du Val de Loire : il était pauvre. |
|
|
|
L'animation viendra de l'extérieur et un puissant seigneur comme Anne de
Montmorency semble avoir agi là comme modèle. Un de ses courtisans, le baron
de Cental, dont les possessions s'étendaient des deux côtés des Alpes, en
Provence et en Lombardie, fit édifier le château de la Tour d'Aigues (à
coiupter de 1550) dont la disposition, la clôture, l'arc triomphal, les
pavillons carrés aux angles, reprennent le dessin d'Ecouen. Cela nous donne la
mesure de l'influence qu'un mécène comme le connétable peut avoir sur une
lointaine province. Phénomène de mimétisme, remarqué par les érudits, le château
de la Tour d'Aigues se modifiera, au fur et à mesure des embellissements apportés
à Ecouen. Une ressemblance bien frappante encore s'établit entre les pavillons
d'angle de la Tour d'Aigues et ceux du Pavillon du Roi au Louvre : le monarque
lui-même fournit l'exemple que l'on imite dans un esprit de cour. Lorsque vers
1571, la famille de Manville, introduite aux Baux par les Montmorency, voulut se
faire construire un hôtel particulier, elle adoptera naturellement le style
Renaissance. La diffusion de cette architecture aux Baux et dans les Alpilles
s'explique aisément, tandis que la basse Provence en fournira peu d'exemples. |
|
Nous avons des marques plus concrètes des rapports qui lièrent les
Baux à la faveur royale. En 1.;38 François ler en personne fut reçu aux Baux. Le notaire André Salomé l'a ainsi noté
dans ses archives, en langue vulgaire |
|
|
|
L'entrado du Rey de France que fit es Baux. Nota que l'an de grâce
MDXXXVIII et le |
|
vendredy, XVII de may, le très chrestien Roy de France, Françoys premier
de ce nom, entra dedans les Baux, aussi monseigneur le Dauphin et monseigneur d'Angolême,
le roy de Navarre, monseigneur le Cone stable, monseigneur lamyral (le France,
le comte de Sainct Poul, monseigneur de Vendome, monseigneur le cardinal de
Loreyne, monseigneur de la Palice, monseigneur de Boysy et plusieurs autres
seigneurs de France, mon-seigneur de Rotellin, la reyne de France, la fame de
monseigneur le Dauphin, la fille du roy de France, la reyne de Navarre, Madame
la conestable, Madame la marquise de Rotellin et plusieurs autres seigneurs
et dames de France desquels les noms sont inconnus. |
|
|
|
Le successeur du connétable, Honoré des Martins, conseiller du roi en
son conseil privé, sénéchal de Nîmes et de Beaucaire, fut seigneur et baron
des Baux de 1567 à 1581. Il s'était illustré dans les guerres de Flandre
contre Charles Quint et était connu sous le nom de capitaine Grille. Sage et
bienveillant à l'égard des populations, il ne semble avoir rien fait pour
combattre l'hérésie. Sa femme, Jehanne de Quiqueran, à qui il faut
attribuer le pavillon de la « Reine Jehanne », modèle d'architecture Renaissance,
animée d'une recherche baroque, mourut dans la religion réformée. |
|
Le successeur du capitaine Grille comme baron et gouverneur des Baux fut
Jacques de Boches (1582-1621, seigneur de Vers, Séderon et Vacquières. Neveu
de Jehanne de Quiqueran, il s'employa à lutter contre l'hérésie et fit preuve
d'un esprit d'autorité qui l'entraîna dans maintes contestations avec ses
administrés. Il mourut le il mai 1621 au château des Baux et fut inhumé à
Saint-Trophime d'Arles. Sous son gouvernement, le chevalier de Guise fit aux
Baux une visite qui se termina tragiquement. Mais laissons un chroniqueur nous
en conter le détail |
|
|
|
M. François Paris de Lorène,
chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, lieutenant de son frère, Mgr
le duc de Guise en ce paIs de Provence... dit aux gentilhommes qui le suivaient
(aux Baux) : « Je veux vous faire voir que je sais braquer et tirer le canon.
S'approchant de l'un d'eux un peu plus grand qu'une moyenne, l'ayant fait
charger lui-même, lui mit la balle et l'appointa contre un trou de la muraille
du chasteau vieux. Ce fait le voulit tirer quoique le cannonier lui pria de
luy permettre de ce faire ains luy mit le feu, le canon se creva 2 pans proche
de la qulote et brisa la cuisse droite et le genou du prince et le blessa un peu
au côté droit. Dès aussitôt le portèrent au château, là où estant
demanda un prestre et se confessa par le secondère de l'Eglise du lieu et se
fit donner l'extrême onction ; mourut 1 heure 1/2 après sa blessure, ayant prié
les assistants, en particulier le chevalier de Grignan, le faire ensevelir en
cette ville d'Arles. Heureusement, les Baux n'offrent plus aujourd'hui de pièges
de cette sorte. |
|
|
|
Les seigneurs des Baux ne purent toujours exercer leurs attributions en
personne et ils durent désigner des représentants dont l'influence fut
importante dans la gestion de la place. Sous le gouvernement du connétable de
Montmorency s'établit aux Baux une famille qui y laissa des traces durables.
Claude de Manville, capitaine des galères et vaisseaux du Roy avait épousé
Philippine de Brion appartenant à la noblesse locale. Le couple devint propriétaire
de grandes terres au pied même du château et reçut, le 9
mars 1543, du roi François 1er,
la juridiction mère, mixte et
impère sur le mas et les moulins de leur terroir. La gestion de Claude de
Manville laissa un excellent souvenir, puisque le Conseil général lui décerna
ce satisfecit : « que étant capp. de Lad. Ville et chasteau des Baulx, les a
bien et duement traités, régis et gouvernés, soues bonne paix et pollice, (le
justice, tellement qu'ils s'en sont contentés ». Ce n'était pas, même à
cette époque, une tâche facile. |
|
Son neveu Jehan qui exerça la charge depuis 1561 jusqu'en 1575 fut moins
heureux dans son administration. Il avait pris ses fonctions dans une atmosphère
favorable. Le Conseil général dans sa requête au roi l'avait fortement appuyé
: « Il est homme suffisant, capable et responsable, de bonnes moeurs et
conscience ayant les biens dans le district de cette juridiction des Baux et
homme qui de sa jeunesse à suivi les guerres du Roy tant par mer que par terre.
» Mais il ne put contenir les désordres suscités par les différends
d'ordre religieux qui déchiraient le pays. Il dut abandonner un temps la
gestion qui lui avait été confiée et laissa les religionnaires s'emparer de
la ville, piller le château et jeter les ornements de la chapelle Saînte-Catherine
dans la citerne. Le frère de Jehan, Claude Il, écuyer, vivait aux Baux. Il
avait épousé, en septembre 1560, Yolande de Paul de Lamanon et donna asile aux
protestants. C'est lui qui fut maître d'ouvrage de l'hôtel de Manville dont
une annexe porte la devise de la réforme : POST TENEBRAS LUX. |
|
Textes extraits de: "Les Baux" par Paul Pontus aux Nouvelles Editions Latines 3t1971 |