Les Baux de Provence |
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:: L' histoire des Baux de Provence :: |
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CAR TEL EST NOTRE BON PLAISIR |
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Le dernier baron des Baux, Antoine de Villeneuve, époux de Loyse de
Luynes, souffrit de l'ambiguïté de ses relations avec la cour. Nommé par la
faveur de Gaston d'Orléans, frère et ennemi du roi, il subit la disgrâce de
son protecteur. Sa bienveillance et sa générosité lui valurent la confiance
de ses administrés. Mais sa fidélité fut suspectée par le roi et le
cardinal de Richelieu qui voulurent s'assurer de la forteresse des Baux et du
baron de Villeneuve. |
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Le premier acte de défiance eut pour agent le sieur d'Estoublon, viguier de la ville d'Arles. En vue de faciliter l'opération, le roi convoqua Villeneuve à la cour et d'Estoublon reçut, en sous-main, la viguerie et capitainerie des Baux. Au lever du jour, accompagné d'un médecin, Jean Boussac, et d'une cinquantaine d'hommes, Estoublon s'empara d'abord de l'entrée de la ville, d'ailleurs mal défendue, car les Baussencs avaient eu la malencontreuse idée de vendre aux gens de Saint-Rémy la sarrasine de la porte. Le sieur de Gardanne qui exerçait le commandement en l'absence de Villeneuve fit diversion, introduisit par une poterne quantité de paysans décidés, se mit à leur tête et chassa les commandos arlésiens. |
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Les naïfs baussencs ne réalisèrent pas immédiatement d'où venaient
le coup qui les frapapit. Le Conseil général décida d'envoyer deux
ambassades, l'une, pour information, composée des sieurs de Molières et de
Verassy, vers le duc de Guise, gouverneur de Provence ; l'autre auprès du roi
et de Villeneuve. Le sort réservé à leurs délégués aurait dû ouvrir les
yeux des populations. Molières fut mis en prison à Aix et le sieur de Verassy
en revenait porteur de mauvaises nouvelles. Guise envoyait le capitaine de
Saucourt et sa compagnie prendre garnison aux Baux et exigeait leur hébergement.
Dans son
aveuglement, le Conseil général
refusa le passage à Saucourt et mit la ville en état d'alerte. |
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Le destin des Baux était scellé.
Naturellement Saucourt mit le siège devant la ville. Naturellement les
habitants résistèrent héroïquement aux assauts, à la faim et à la soif
causées par la disette. Toujours aveugles, ils envoyèrent un nouveau message
au roi pour lui demander aide et assistance. La réponse les surprit. Les
lettres patentes, portées par SaucourL lui-même étaient adressées
« A mes chers et bien aimez les Consuls et habitants de nos villes et
chasteau des Baux en Provence. » Leur contenu était moins bienveillant.
Saucourt prenait le commandement de la place, accompagné de cinquante hommes
d'armes chargés de la sûreté et de la conservation des lieux. La dépense était
mise à la charge de la cité. Le document était revêtu de la tranchante
formule de l'absolutisme : « Sy ny faictes faulte car tel est notre plaisir.
Donné à Saint Germain en Laye ce 18e jour de juin 1631. Signé
Louis. » |
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Le Conseil général, soudain éclairé,
fit preuve de compréhension. Le pont-levis des Baux s'abaissa pour Saucourt et
ses hommes. Le siège avait duré près d'un mois. |
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Il fallait maintenant régler les
comptes. Au cours d'une réunion du Conseil général, le 29 août, l'intendant
de Provence, le sieur de la Potherie, signifia que sa Majesté vendait, avec
leur consentement, la cité des Baux, aux habitants eux-mêmes. Estoublon en
avait passé contrat avec le roi au prix de cent mille livres, payables avant le
15 septembre. Comme il s'en |
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expliqua alors, cette transaction
n'avait été obtenue qu'à grand peine. Généreusement, il faisait don à la
communauté de la charge de captaine-viguier à lui conférée, moyennant une
juste indemnisation de ses frais de voyage. |
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Les conseillers, résignés à
leur mauvaise fortune, se préoccupèrent de réunir les sommes indispensables
cent mille livres pour le rachat des fortifications auxquelles s'ajoutaient
les frais d'entretien des troupes pendant et après le siège, le coût de la démolition
des remparts, l'indemnisation des victimes de guerre. Les emprunts contactés à
Aix, Marseille et Brignoles permirent de trouver 149 784 livres, dont 100 000 furent
immédiatement employées au rachat du domaine. |
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Le problème de la destruction des
murailles trouva les habitants divisés, comme Si la volonté du roi et de son
premier ministre laissait place à quelque hésitation. La nécessité
l'emporta enfin et la mise en adjudication des travaux fut décidée. L'appel
d'offres, publié à Tarascon, Beaucaire, Nîmes, Montpellier, Marseille, Aix,
Draguignan, Toulon, Arles, SaintRémy, et Avignon donna lieu à une large
concurrence. Au commencement de 1632 le prix obtenu à Marseille était de 5
200 livres, chiffre intéressant fruit d'un patient marchandage. L'adjudicataire
était Pol Reboul, maître maçon à Tarascon qui s'assura la collaboration de
quelques collègues marseillais. L'opération n'était pas Si aisée et il y
eut accident de personnes. Elle commença par le château qui dut être attaqué
à la poudre tant ses puissantes et lourdes masses résistaient au pic des démolisseurs. |
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Au moment de toucher aux remparts
de la ville, quelques notables s'en furent à Marseille pour obtenir rémission.
Mais en vain. Quatre compagnies et un ingénieur restèrent sur place pour
assurer l'ordre public et la bonne exécution des travaux. Une fois l'enceinte
abattue, l'on combla les citernes et les puits afin de ruiner par avance toute
tentative de subversion. Le martyre des Baux se poursuivait sans éclat mais
sans relâche. Bientôt les besoins d'argent suscités par l'entretien des
troupes s'ajoutèrent aux dommages en nature. Il fallut réquisitionner et les
malheureux consuls pris entre le respect des engagements et les doléances de
leurs administrés, se virent plusieurs fois dans l'obligation de quitter la
ville. |
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La situation empirait et les Baux, complètement vidés de leur substance, en vinrent à désirer l'aliénation de leur domaine. C'est à Villeneuve qu'ils s'adressèrent, dans cette extrémité, pour trouver un acquéreur solvable. Le roi ne tenait pas à laisser échapper cette occasion, il usa de son droit de rachat et restitua à la cité la somme de cent mille francs perçue onze ans auparavant. Le bon plaisir avait de ses coquetteries. |
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Textes extraits de: "Les Baux" par Paul Pontus aux Nouvelles Editions Latines 3t1971 |