Les Baux de Provence |
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:: L' histoire des Baux de Provence (1) :: |
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LA
VIE DE CHATEAU & LE TEMPS DES GUERRIERS |
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Comme ouvrage militaire, le château des Baux
correspond à un moment de l'art de la guerre, où la chevalerie, d'une
part, et la forteresse, d'autre part, formaient les deux pôles de la stratégie,
sa face offensive et son revers défensif. Ce rôle militaire s 'accompagnait
d'une importante fonction sociale. Dès lors, le château a pris une place de
choix dans les institutions locales et ses moeurs n'ont cessé d'alimenter nos rêveries.
A notre insu, ces pierres suggèrent toute une image de l'homme, aujourd'hui
enfouie au plus profond de nous-même, mais toujours prête à surgir. Ce monde
belliqueux, lyrique, croyant, besogneux du moyen âge nous ressaisit parfois
avec force, alors que le présent vécu, logique et fonctionnel, nous paraît
souvent froid et comme étranger à notre nature. |
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Le seigneur dans sa forteresse mène une vie recluse. Elle a pour cadre la grande salle, située dans le donjon, divisée parfois par des tapisseries ou des tentures. L'ambiance n'est pas spécialement gaie. Les ébrasements constituent des ouvertures bien parcimonieuses. Les toiles huilées ou les vitraux d'albâtre ne laissent filtrer qu'une lumière réduite. La température est des plus inclémentes. L'épaisseur des murailles donne peu de passage à la chaleur et il faut entretenir un gros feu dans la cheminée pour adoucir la température et assécher les murs. Peu (l'ameublement au début : planches montées sur des tréteaux, en manière de table, coffres servant d'armoire et de siège, aux murs des armes et des trophées de chasse, par terre de la paille ou des plantes odoriférantes. Petit à petit certains perfectionnements apparaîtront et c'est ainsi qu'à la mort d'Alix des Baux un important mobilier garnissait le château dont l'inventaire a été dressé en 1426 à la demande de son cousin Charles, évêque de Tortose, par Brisset le Roy, notaire, et en présence de l'évêque de Fréjus, Billard. 'Je mobilier est devenu luxueux et comprend tapis et tapisseries représentant des sujets historiques ou légendaires. L'ennui que dégage une pareille demeure incite l'occupant à rechercher à l'extérieur des dérivatifs. La chasse, la guerre ou le tournoi satisfont son tempérament actif. Dès le XIIe siècle la chasse est considérée comme un art. Elle se pratique suivant des techniques éprouvées. La fauconnerie, qui utilise l'oiseau de proie, s'est développée depuis les Mérovingiens jusqu'à Louis XIII. C'est un véritable rite qui possède sa terminologie et englobe les règles de dressage et d'hygiène animale. La chasse à courre contre les animaux qui hantaient la forêt médiévale (cerf, chevreuil, sanglier, lièvre, renard) s'effectue avec un concours important de personnel, de chevaux et de chiens. L'histoire nous a laissé un certain nombre de traités de vènerie qui constitue une branche importante de la littérature de l'époque. L'on peut citer « La chasse dou serf » (xIIe ou xIIIc siècle) poème en vers de huit syllabes, le Miroir de Phébus ou les Déduits de la Chasse de l'époque de Jean le Bon, le Livre du roi Modus et de la reine Ratio du XIV siècle. La guerre est certainement l'occupation la plus importante du seigneur féodal et sa raison d'être. Le régime qui a donné lieu à tant d'importants châteaux, tant de donjons altiers, tant de murailles crénelêes est un système militaire. A cette époque, la cavalerie constitue l'arme la plus redoutable. Si les envahisseurs francs avaient été surtout des fantassins, en revanche les Huns, les Avars, les Hongrois, les Arabes sont des cavaliers entraînés. Les Normands, déjà hardis marins, n'hésitent pas à embarquer des chevaux (ou à en voler) pour constituer leur cavalerie. Il s'agit d'une cavalerie lourde où l'homme porte cuirasse et lance. Le chevalier bénéficie d'un équipement robuste. Son corps est protégé par une cotte de mailles, dont l'usage se répand . Ce sera la tenue de guerre par excellence jusqu'au xv1 siècle où elle sera remplacée par l'armure de plates. Cette cotte, appelée aussi haubert, est serrée à la taille par une ceinture. La jupe descend au-dessous du genou, mais elle est fendue devant et derrière jusqu'aux cuisses pour permettre au chevalier d'enfourcher sa monture. Quant à la tête, elle est protégée par un heaume, pourvu d'un nasal et parfois d'un couvre nuque et de couvre oreilles. Il se porte sur une coiffe rembourrée qui adoucit et amortit le contact. L'arme préférée est l'épée. Elle possède un tranchant dur, inattaquable à la lime et reçoit un nom symbolique qui nous a été transmis par les chansons de geste Durandal, Joyeuse, Hauteclaire... Il est d'usage de placer dans le pommeau une relique. Quant à l'infanterie, son rôle s'accroît peu à peu. Non seulement les villes fournissent des milices, mais les seigneurs tâchent de recruter routiers et soudoyers, dont le plus grand nombre combat à pied. Leur armement est fort disparate. Ils portent souvent une cotte de cuir, parfois treillisée, couvrant le torse ; sur la tête, ils placent une coiffure de fer ou de cuir bouilli, de forme ronde, à rebord régulier. Les fantassins emploient la fronde, l'arc et l'arbalète. |
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Loin
de se cantonner dans son rôle purement militaire, le château supporte aussi la
charge d'une grande partie de la vie publique. Son animation est grande. Le
seigneur y réunit les vassaux faisant partie de sa cour. Son armée y prend ses
quartiers. Les différends entre seigneurs voisins y sont jugés. Le suzerain y
appelle ses vassaux aux conseils et y juge tous les procès d'ordre matériel
qui les divisent. En cas de conflit, le château sert à abriter les populations
qui s'y réfugient et y cherchent l'abri et le couvert, tandis que l'agresseur
fait main basse sur les manants et sur leurs récoltes. A ce titre le château
devient l'ultime défense de la contrée, et l'on y réunit le maximum de moyens
de résistance, en hommes et en matériel. Les caves doivent être garnies de
victuailles propres à soutenir le siège. Les citernes remplies. Les aimes de
jets, utilisées contre les assaillants éventuels, tenues en état. De même
que les ingrédients qui permettront d'incendier les bastides ou les machines de
l'adversaire, et de le couvrir de flammes. |
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La construction d'un château comme les Baux est l'objet de tous les soins. L'évolution technique a permis la substitution de la pierre au bois, tout comme dans les édifices religieux. Mais ici, l'évolution a été poussée par des nécessités plus étroites de résistance au choc et au feu. Sur la colline des Baux des conditions naturelles favorables ont permis d'utiliser le roc et d'ouvrir la carrière sur place. Aucun ravalement n'est nécessaire, car la pierre en perdant son humidité naturelle se recouvre d'une croûte très dure, le calcin. Le chantier est muni de chèvres et de grues construites en bois. L'engin peut être fort simples : un portique muni d'une poulie. Les cables sont entraînés, parfois, par une roue de carrier ou une manivelle qui augmente la force motrice. Le mortier est transporté dans des auges en bois évidé. Le travail des ouvriers est comptabilisé. A l'intérieur (lu donjon des Baux se lisent de nombreuses marques de tâcherons en étoile et en croix ou en forme de lettres. |
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La force de
dissuasion de telles bâtises est Si grande que certaines n'ont jamais été
attaquées. Il n'en a pas été ainsi aux Baux. Comment s'y prenaient les
assaillants ? C'est tout l' art de la poliorcétique médiévale. Lorsqu'on prévoit
que la « noix » sera dure à croquer, des moyens considérables sont mis en
oeuvre. Tentes, baraques de bois servent à abriter les troupes, le bétail, les
chevaux. Des points de ravitaillement sont créés. Nous avons vu
l'importance, pour l'époque, des moyens mis en oeuvre, pour déloger Raimond de
Turenne: fusterie venue d'Avignon, maîtres charpentiers de Tarascon. Pour
cerner la place on dresse des palissades, creuse des fossés, élève des
terrassements, renforcés par des fossés. Des redoutes de terre et de bois,
appelées dans nos régions bastides, se construisent. Comme les ressources
manquent pour établir un circuit continue et que les effectifs sont
insuffisants, les assaillants disposent leurs bastides à une certaine distance
les unes des autres. |
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L'artillerie est constituée par des
machines et c'est le souvenir de l'une d'entre elles, utilisée en 1355 contre
Robert de Duras, que commémora la croix de la machine. En quoi consistait un
tel engin? A défaut de renseignements précis, nous pouvons l'imaginer comme
ressortissant soit d'un système à ressort, soit d’un système à balancier.
L'engin à ressort ou baliste lance des javelots ou des pierres grâce à un
levier mû par des ressorts en bois ou en nerfs, préalablement bandés. L'engin
à balancier comprend essentiellement une verge placée sur un échafaudage et
partagée en deux bras d'inégale longueur. Les servants, par une forte traction
vers le sol, font descendre la branche courte, ce qui imprime un mouvement
violent à la branche longue au bout de laquelle est fixée une grande fronde
porteuse de projectiles boulets ou morceaux de rocher. Pour aider au mouvement
des hâleurs, la branche courte peut recevoir un contre-poids (parfois 26
tonnes). L'effort appliqué au petit bout de la verge en est considérablement
accru. Il est possible, d'ailleurs, que la machine utilisée aux Baux ne soit
qu'un engin dépourvu de toute ingéniosité, tel que celui décrit par Suger,
qui fut utilisé en 1107 par Louis VI le Gros : « Une haute machine destinée,
en surplombant le château, à empêcher les archers et arbalétriers de la
première ligne de circuler ou de se montrer à l'intérieur... A cette machine
qui s'élevait en l'air, se rattachait un pont de bois qui, s'allongeant assez
en hauteur, devait, en s'abaissant quelque peu sur le mur, ménager une entrée
facile aux combattants qui descendraient par là... » Les assaillants peuvent être
munis d'un matériel plus mobile : frondes à manches, arbalètes, béliers. Ils
dressent des échelles contre les murailles et tentent d'atteindre le chemin de
ronde. Les échelles sont munies de crampons destinés à aggripper le parapet.
Le génie déploie ses artifices ; mines ou sapes menacent les fortifications. |
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Mais la résistance
de ces dernières est telle qu'en fin de compte le meilleur moyen d'en venir en
bout, est encore la reddition des assiégés. Les moyens psychologiques prennent
alors le dessus. C'est ainsi qu'en 1631 aux Baux, les villageois s'inclinèrent
et le pont levis s'abaissa devant le capitaine de Saucourt, porteur des ordres
du roi. Une fois de plus les armes avaient cédé à la politique. |
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Pour des hommes voués au métier des armes les trêves continuaient des temps morts où l'on rêvait d'exercices guerriers. Ainsi naquirent les tournois, combats à armes émoussées, où s'affrontaient les chevaliers un contre un, ou groupe contre groupe. Des tournois ont lieu dès le XIe siècle et se répandent dans le courant du XIIe. Au point de départ, il s'agit de mêlées plus ou moins sanglantes, auxquelles les vilains eux-mêmes prirent part. Mais petit à petit, les moeurs s'affinèrent et la joute devint beaucoup plus courtoise. Les armes utilisées sont : la masse sans aspérités, l'épée épointée et non affutée, la lance au fer arrondi. Il ne s'agissait pas tout à fait de jeux d'enfants, car l'empoignade était réelle et le chevalier désarçonné se trouvait parfois occis. Aussi les autorités civiles et militaires s'employèrent-elles soit à interdire ces jeux, soit à les codifier. |
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Textes extraits de: "Les Baux" par Paul Pontus aux Nouvelles Editions Latines 3t1971 |