Les Baux de Provence |
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:: L' histoire des Baux de Provence :: |
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UN AFFREUX |
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A la mort de la reine Jeanne, ses états vinrent entre les mains d'une
nouvelle maison d'Anjou. Son premier chaînon, Louis 1er,
ne fit guère que traverser la
Provence pour rejoindre ses possessions d'Italie, où il mourut en 1384. Sa
veuve, Marie de Blois, énergique et intelligente, dut faire appel à toutes
ses ressources pour maintenir sa souveraineté. L'Union d'Aix, qui groupait
dans une même action nobles et villes, tendait à s'attribuer l'essentiel du
pouvoir. Cette situation donnait au roi de France Charles VI la prétention
d'intervenir en Provence de manière, disait-il, à « oster la grand division
qui y est, faire cesser la guerre et à ce que aucuns ne s'i boutent ». |
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Au sein de ces désordres une figure se détache, celle d'un féodal,
orgueilleux, batailleur et turbulent. Raimond Roger, vicomte de Turenne,
appartenait à la haute aristocratie. Son père était Guillaume Roger, comte de
Beaufort et vicomte de Turenne ; sa mère, Eléonore de Comminges. Petit neveu
du pape Clé-ment VI, neveu de Grégoire XI, titulaire de nombreux fiefs en
basse et haute Provence, il pouvait aussi bien se prévaloir de ses relations
avec la cour de France, pour laquelle il s'était battu dans les Flandres,
qu'avec le Saint-Siège qu'il avait soutenu en Italie. |
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Les démêlés de Turenne avec le Pouvoir peuvent être découpés en
trois périodes : la première, celle des conflits suivis de réconciliation ;
la seconde, celle de l'isolement ; la troisième, celle de la liquidation. |
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En janvier 1386, Raimond consentit à Marie de Blois l'arrêt des hostilités
moyennant un certain nombre de concessions. Mais la trêve fut de courte durée
et quelques mois après il reprenait les armes, reprochant à la régente de
lui avoir soustrait plusieurs villages des Alpilles, tandis qu'il s'aliénait le
pape à l'occasion de problèmes financiers. Pris entre deux puissants
adversaires, Raimond lâché par son père qui avait traité avec Marie de
Blois, privé de l'agitation créée par l'Union d'Aix, dut faire sa
soumission. Il entraînait avec lui sa mère, Eléonore de Comminges, qui
partageait ses intérêts et ses humeurs. |
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Pour défendre sa tante Aux de Beaufort contre les prétentions
territoriales du comte de Valentinois, il reprit les armes et se comporta en véritable
bandit. Des repaires de Roquemartine et des Baux, les gens de Turenne faisaient
main basse sur les bagages des voyageurs. Clercs ou laïcs de passage étaient
mis à la question et rançonnés. Aucune immunité n'était accordée. Le
puissant évêque d'Albi fut ainsi délesté et dut laisser entre les mains de
la soldatesque son or et ses pierreries. Le menu peuple n'était pas épargné
vin, blé, bestiaux s'entassaient dans les magasins des Baux et des
places avoisinantes. |
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Mais on en était encore au stade des compromis. En 1389, il y eut un
rapprochement avec le pape, et un arrangement avec Marie de Blois au sujet des
Baux. Une trêve intervint en 1391 entre Raimond de Turenne et la régente qui
se montra libérale. Raimond récupérait les places occupées par ses adversaires,
recevait 14 000 francs de dommages-intérêts et une rente de 1 000 livres. En
contrepartie, il rendait hommage à Louis Il et faisait la paix avec Marseille.
La réconciliation avec la cour de France et la papauté fut plus laborieuse.
Appuyée sur des concessions réciproques, des cajoleries, de somptueux présents,
la paix paraissait cette fois assurée (mai 1392). |
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Le destin du vicomte de Turenne et de son époque n'était pas de couler
des jours calmes et heureux. Malgré son désir de créer un équilibre entre
les principales factions et de se ménager des alliances, Turenne va être peu
à peu isolé au milieu des différentes forces en présence. L'initiative de
la rupture va incomber cette fois à quelques seigneurs dont le mari d'Alix des
Baux, comtesse d'Avellino qui contestait aux Beaufort des terres provençales
les Baux, Castellane, Eguilles, Puyricard, etc. Raimond de Turenne, pour
défendre son bien, se vit dans l'obligation de conserver les bandes qu'il
avait promis de licencier et s'empara de plusieurs places Tortes tenues par ses
ennemis. Les états de Provence mobilisaient, ils votêrent la levée de huit
cents hommes dont un quart se chargeait des Baux. Raimond de Turenne sentit le
danger de cette situation et rechercha quelque appui extérieur. Un de ses
moyens d'ouverture était la main de sa fille, Antoinete de Turenne, son unique
héritière. Marie de Blois l'espérait pour son second fils Charles, mais
Raimond répugnait à cette union avec une maison à laquelle il s'était
vigoureusement opposé et préférait quelque seigneur du parti français. |
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Mais tandis que l'on supputait de part et d'autre les chances d'obtenir la
riche héritière et l'espérance de ses biens, le siège des Baux était
brusquement entrepris au cours du mois de juillet 1393. Attaquants et défenseurs
s'invectivent, échangent des coups, tandis que les otages laissés par
Raimond sont molestés. Pour bloquer la place, deux « bastides » s'élèvent.
Avignon fournit tout le bois nécessaire, tandis que de Tarascon viennent dix maîtres
charpentiers. Le sénéchal de Provence réunit devant les Baux et dans la
vallée du Rhône une troupe importante destinée àtenir la forteresse en
respect et à maintenir la liberté de manoeuvre. La tête de Raimond, mise à
prix et réclamée jusqu'au pied des Baux, tenait bon cependant. Le pape Clément
VII, dont Turenne n'avait pas reconnu le sacre, le convoqua à son tribunal
comme larron, incendiaire et pillard (décembre 1393). A la fin de l'année
Turenne maria sa fille à Jean le Maingre, dit Boucicaut, maréchal de France.
Il autorisa son gendre à pénétrer dans ses propres châteaux en échange de
la promesse d'obtenir l'annulation des sentences rendues au profit d'Alix des
Baux. Turenne raccompagna Boucicaut jusqu'à Baix en Vivarais et se déclara
fort satisfait des conventions souscrites. Mais l'étau se resserrait autour de
lui. Boucicaut, hostile à son beau-père tout en occupant une place qu'il
tenait de lui, Pontgibaud en Auvergne, ne lui fut d'aucun secours. Le roi de
France, à vrai dire, tenta, encore une fois, d'imposer son arbitrage. Le pape
l'aurait accepté, mais Marie de Blois s'y refusa et prétendit ne traiter que
Si Raimond rendait les Baux, Roquemartine, Meyrargues, Châteauneuf de Mazenc,
autrement dit ses possessions de la rive gauche du Rhône. La guerre continua et
la mort du pape Clément VII en septembre 1394 n'apporta aucun remède à la
situation. |
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Turenne se trouva petit à petit conduit à la capitulation. Son procès
était ouvert devant la juridiction laïque du sénéchal de Provence. Il était
accusé d'entretenir aux Baux, à Castellane, à Pertuis un ramassis de brigands
étrangers aux pays, de procéder de même à Meyrargues et aux Pennes. Autres
accusations plus graves : exécution de ses ennemis jetés du haut du rocher des
Baux, rapts, sacrilèges, incendies. Enfin des crimes contre l'honneur féodal
: violations de serment et lèse-majesté. Il devait se présenter devant les
juges, le 21 décembre 1394. L'ordre en fut publié à son de trompe à Arles,
SaintRémy, Tarascon et affiché, de nuit, aux portes même des Baux. Bien
entendu Raimond fit la sourde oreille et adressa au nouveau pape Benoît XIII la
liste de ses propres revendications. Il renforça les précautions d'ordre
militaire et mobilisa ses forces qui s'étaient augmentées de cinq cents
hommes. Razzias, incendies, pillages se succédèrent. En face, les contremesures
étaient prises et la guerre se poursuivait entre Raimond, la couronne et les états,
sans qu'aucun accommodement n'en réduisit l'horreur. |
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Nous arrivons ainsi à l'année 1396 où, après une démarche
infructueuse de Réformat d'Agout auprès d'Eléonore de Comminges, le siège
des Baux, de Roquemartine et de Vitrolles fut décidé. Deux cents hommes de
troupe et une bastide d'une capacité de quarante hommes de pied et quarante
hommes à cheval constituaient la force d'intervention. En l'année 1397 la
pression des assaillants s'accentua. Le sénéchal de Provence dirigea en
personne le siège des Baux et de Roquemartine où tenaient encore les suppôts
de Turenne. Pertuis, assailli avec « engins et bombardes » capitula après
dix-huit jours (le siège. Au début de 1398 une redoute de quatorze mètres de
haut commandait les terres de la Cran et surveillait la place des Baux.
Boucicaut s'engageait de plus en plus contre son beau-père, tandis qu'Alix des
Baux récupérait Montpaon, Castillon, Mouriès, Eguilles, les Baux, Séderon...
A la fin de 1399 Raimond de Turenne était rejeté hors de Provence, et voyait
s'effondrer son rêve. Contrairement à la légende, il ne disparut pas noyé
dans le Rhône en 1400. Il vécut encore dix ans au moins. Sa mère, Eléonore
de Comminges qui avait embrassé son parti, emprisonnée par Boucicaut, le
gendre infidèle, dut abandonner Meyrargues. C'était la fin d'une aventure que
la Provence n'a jamais fait sienne et qu'elle a toujours considérée sous les
couleurs les plus noires. Comme le dit Mistral, dans Nerte |
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Il y aura treize ans, vienne la
Saint-Eutrope. |
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Un jour, Isnard de Mormoiron Nous réunit, quelques barons Pour chasser de
son parc |
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Les loups de Raymond de Turenne: |
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Tu sais ? ce grand pillard, |
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Ce détrousseur, enfonceur de moûtiers, |
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Qui, dans ses incursions, traînait |
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Le meurtre et l'incendie et qui passait |
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Sur les bastides et les châteaux |
| Tel qu'un râteau aux dents de fer. |
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Textes extraits de: "Les Baux" par Paul Pontus aux Nouvelles Editions Latines 3t1971 |