Les Baux de Provence

:: L' histoire des Baux de Provence ::

 

UNE FRUCTUEUSE MIGRATION

 

Evincés par la maison de Barcelone, les seigneurs des Baux durent un temps se contenter des seconds rôles, peu conformes à leur caractère et à leurs visées.

Celui qui va maîtriser le destin et offrir à sa famille, guidée par l'étoile des mages, de nouveaux champs de gloire et de profit fut Barral, homme profond et poli­tique (1217-1268). Marié à Sibylle d'Anduze, nièce de Raimond VII, comte de Toulouse, il fut d'abord aux prises avec Charles d'Anjou, frère de Saint-Louis. Charles avait reçu en apanage le Maine et l'Anjou. Sa mère, Blanche de Castille, lui avait fait épouser, avec l'aide du pape, la quatrième fille de Raimond Béran­ger V, Béatrice (1246). Le changement de dynastie, aggravé de l'absence prolongée de Charles qui suivît son frère le roi à la croisade d'Egypte, créa la plus grande confusion en Provence. Les seigneurs turbu­lents les Baux, les Castellane prirent une attitude hostile. Les grandes communes, Arles, Avignon, Mar­seille s'érigèrent en véritables républiques gouver­nées par des consuls et formèrent, pour trente ans, une ligue défensive, sous la direction de Barral. Occupé en terre sainte, Charles d'Anjou, dut atten­dre 1251 pour réduire Arles, avec le concours de son frère Alphonse, devenu comte de Toulouse. Barral s'était tenu à l'écart de l'opération.

Soucieux de rentrer en grâce, Barrai, négocia avec Blanche de Castîlle et lui promit son concours. Il s'engagea à soumettre Arles au comte d'Anjou et Avîgnon au comte de Poitiers. En 1252, il obtint la restitution de ses biens en comtat Venaissin sous la promesse d'aller servir en Terre-Sainte, à ses frais, avec neuf chevaliers et dix arbalétriers. En 1257 Bar­rai fut appelé à Orange comme témoin de la cession faite à Charles d'Anjou, comte de Provence, par Raimond des Baux, prince d'Orange, du royaume d'Ar­les que l'empereur Frédérîc avait donné à Guillaume, père de Raimond, le 2 janvier 1215. Lors d'une révolte marseillaise, Barrai reçut même le commandement des troupes comtales. Posté dans l'église Saînt-Victor, le seigneur des Baux réduisit les rebelles.

En 1264, Charles d'Anjou fut appelé par le pape à la couronne de Naples et entraîna avec lui tout un concours de peuple destiné à occuper les nouveaux territoires. Le fils de Barrai, Raimond commandait l'avant-garde au moment de la rencontre avec Man­fred à Bénévent.

La Provence se montra complaisante à Charles d'Anjou qu'elle avait d'abord combattu par fidélité au passé et par esprit d'indépendance. La meilleure manière de donner 1111 exutoire aux aspirations des habitants était de les conduire sur de nouveaux théâtres. Toutes les grandes familles furent conviées à se tailler dans le royaume de Naples de larges pos­sessions. Les soldats de fortune pouvaient gagner gra­des et emplois. Les armateurs et les commerçants, la richesse. Toute une population, à la recherche de fructueuses aubaines, s'engouffrait dans la péninsule, à la suite de Charles d'Anjou dont elle attendait monts et merveilles. Ce n'était pas d'ailleurs sans quelque contrepartie : impôt d'argent, impôt de sang. Mais la proie était trop belle pour ne pas engager à(le belles actions et à l'oubli des rancoeurs passées. Le cas de Barrai des Baux étai~ celui de toute une pro­vince désireuse de se reconvertir. Aussi n'y a-t-il rien d'insolite pour l'époque à ce qu'il en vint à renier ses anciennes alliances et à contracter, avec la nou­velle dynastie, un pacte de famille. Les fonctions de podestat de Milan et de grand justicier pour la Sicile récompensèrent ses bons et loyaux services.

Son fils Bertrand (1244-1305) poursuivît l'ascension Si opportunément amorcée et reçut le comté d'Avel­lino, un des principaux du pays. Ses capacités s'illus­trèrent dans diverses charges : capitaine des troupes de Campanie, il fut aussi vicaire de Rome et ambas­sadeur près du roi d'Aragon. Il avait fait en 1263 un brillant mariage avec Philippine de Poitiers, fille du comte de Valentinois.

Le petit-fils de Bertrand, Hugues des Baux, comte d'Avellino, joua un rôle éminent à la Cour. Lié d'ami­tié avec le roi Robert il acquit la réputation d'un fidèle et vaillant chevalier. La solidarité des deux maisons était éprouvée. Le roi Robert qui avait fait un séjour en Provence dans sa jeunesse, comme vicaire de son père, bénéficia de la sympathie des pro­vençaux. Et c'est à ce sentiment qu'il dut de conserver la Provence, convoitée par le roi de Hongrie, fils de son frère aîné. Lors de son couronnement en 1309 dans Avignon, il reçut l'hommage des barons, des prélats, des communautés, signe sensible de la recon­naissance de ses droits souverains. Nanti de cette investiture, il put se consacrer plus à fond à ses affai­res italiennes, et ne revint que dix ans plus tard en Provence, où il resta jusqu'en 1324. Les liens que Hugues avait tissés avec son suzerain lui valurent d'importants bienfaits. Il fut sénéchal de Provence, grand amiral du royaume et chambellan de la reine Jeanne. Il trouva le moyen d'obliger la princesse Marie, soeur de la reine, à épouser son fils Robert des Baux. Mais il fut assassiné à Gaète par Louis de Tarente.

Les descendants de la famille des Baux reçurent dans la péninsule de nouvelles grâces et de substan­tiels avantages. Ils occupèrent une place de premier plan, près de Tarente et des Duras, branches cadettes de la famille royale qui, avec la reine Jeanne, fait à son tour, connaître bien des vicissitudes.

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 Textes extraits de: "Les Baux" par Paul Pontus aux Nouvelles Editions Latines 3t1971